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mercredi 28 septembre 2011

Shoah à Würzbourg


Dans cette ville, on a discrètement signalé dans le sol les Juifs qui ont péri pendant et par le nazisme par des pavés dorés, devant leur domicile. On s'arrête, des noms sont sauvés de l'oubli, des tragédies se devinent, avec les noms de familles entières. On mesure progressivement l'étendue de la shoah, dans un ville, comme tant d'autre. Une idée intelligente.

lundi 5 septembre 2011

Nazi rock in München


La ville fut la « capitale du mouvement », chère à Hitler. Les hauts lieux du nazisme sont partout et « munichois » demeurera toujours une insulte. Dachau, j’en ai parlé, n’est guère éloigné. La ville a ce lourd poids sur elle. À l’étranger, on me demande parfois si ce n’est pas pénible de vivre chez les nazis – comme si j’allais faire mon S.T.O. – et on manifeste sa réticence à aller dans ce pays qui a tant fauté. Berlin, passe encore, c’est sexy Berlin. Mais Munich, c’est le putsch de la Brasserie, les culottes de peau et les svastikas.

Tout cela est faux. Un bref point d’histoire : Munich n’a pas été enthousiaste pour Hitler et, dans la Bavière, elle a toujours accordé beaucoup de moins de voix aux nazis que le reste du pays. Aujourd’hui, Munich est même une ville de gauche.

Second point, les Allemands face au passé nazi, vu d’ici. L’attitude que je décris est certes récente, mais c’est cette réalité qu’il faut juger. Le passé n’est pas caché, au contraire. À l’office du tourisme, il y a un rayon spécifiquement consacré à la visite de Dachau – ce qui laisse une curieuse impression – ainsi que des dépliants permettant de se représenter le passé nazi de la ville, de la parcourir ainsi. Sur la Königsplatz, les fondations des monuments à la gloire des morts nazis du putsch de la Brasserie, édifiés sur l’ordre d’Hitler, sont restées là, pour le souvenir. À côté, on trouve un grand panneau expliquant l’organisation du quartier, cœur du pouvoir nazi en Bavière. On va y édifier un grand centre de documentation sur le nazisme. À la télévision, on ne compte plus les documentaires et les fictions sur le sujet, qui montrent la réalité sans fards. Dans le secondaire, les élèves suivent pendant une année entière un enseignement sur l’Allemagne nazie – une de mes connaissance l’a même suivi pendant trois ans, initiative de professeurs particulièrement engagés. Et je pourrais ajouter bien d’autres faits qui vont dans le même sens : la mémoire est entretenue, enseignée, méditée.

Dans la vie publique, la vigilance est placée très haut. Les misérables dérapages xénophobes ou au moins douteux dont sont coutumiers nos hommes politiques français, en particulier ceux qui sont actuellement au pouvoir, seraient impossibles en Allemagne. Les mesures de mise en garde, de sensibilisation ne se comptent plus.

Certes, il y a une extrême droite, des crypto-nazis, avec le NPD, un parti groupusculaire et très surveillé. Il lui arrive de manifester sous des prétextes divers, comme ici contre la guerre en Afghanistan, en mai 2010. La manifestation (ici minuscule) est toujours accompagnée d’une vaste mobilisation, à la fois pacifique et provocatrice, comme ici, souvent massive. Je me souviens d’un épisode où, d’une part les policiers étaient plus nombreux que les militants du NPD (quelques dizaines), mais où les contre-manifestants étaient tellement nombreux (des milliers, venant aussi de la droite) qu’on ne pouvait même pas s’apercevoir qu’il y avait un rassemblement d’extrême droite.

Voilà pourquoi ces préjugés me consternent. On serait heureux que les Français soient aussi clairs sur leur passé et aussi vigilants que les Allemands. On serait content que la critique porte sur le pays qui n’a pas rendu ses comptes, l’Autriche, merveilleux endroit, mais où il est encore possible de tenir des propos antisémites et où aucun examen de conscience n’a jamais été fait. Que ceux qui ne vont pas en Allemagne à cause du nazisme et vont passer un séjour romantique à Vienne y songent. Ils vont dans le pays où l’extrême droite gère une région (la Carinthie) et a participé gouvernement il y a moins de dix ans. Mais les Autrichiens, dit-on, sont malins : ils ont fait croire au monde entier que Beethoven était autrichien et Hitler allemand.

samedi 13 août 2011

Super fête à Dachau

Cette affiche traîne depuis quelques semaines dans le métro. À partir d'aujourd'hui, on peut aller faire une grosse fête à Dachau.
Où est le problème?
*
Rien à voir, mais l'actualité est plutôt dominée par les 50 ans de la construction du mur, qui donne lieu à force reportages et aujourd'hui des célébrations. Quand on y réfléchit, il n'aura pas duré trente ans. C'est presque peu: de quoi se plaignent-ils?

mardi 3 mai 2011

Avez-vous l’hure ?

Finalement, je ne me suis pas fait tatouer (voir ici). J’ai préféré tester la Frühlingsfest. Mauvais choix sans doute, elle ne vaut vraiment pas le détour. On l’appelle parfois la « mini Oktoberfest » : vraiment mini, en effet. Une fête au village, rien de plus. Mais sur le Theresienwiese, où elle est installée, se trouvait samedi dernier un très grand marché aux puces, que l’on voit ici depuis la Bavaria, la statue qui la personnifie – et qui a les bras puissants de celle qui s’entraîne à porter 10 bocks de bière d’un litre. C’était un vrai marché aux puces, pas une opération d’antiquaires. On n’y trouvait vraiment n’importe quoi et un peu de tout. Jouets à profusion, vêtements usés, appareils électriques déglingués, vinyles, vielles photos, revues, BD, comme une plongée dans les trente ou les quarante dernières années, avec parfois des familles qui soldaient des bouts de vie. Tout Munich s’y est donné rendez-vous, des babas aux inévitables entrachtés.

Quelques raretés ont attiré mon œil. On trouve naturellement quelques trophées, si courants dans ce pays de chasse, dont voici un premier, et un deuxième exemple, pris sur le même stand. Dommage, je n’ai pas assez de place dans mon salon, ni ici ni à Paris.

Un peu plus loin, ce cadre. Un uniforme ancien, n’est-ce pas ? Regardez-bien, quelques autocollants blancs masquent des détails de l’uniforme, qu’il est facile de deviner : des croix gammées, pour cet uniforme de la Luftwaffe (sauf erreur de ma part). Le portrait est daté de 1943. On échappe difficilement au malaise, surtout quand on a vu, sur un étal, quelques vieilles revues des années 1930 (1936-1938), dédiées à l’armée de l’époque, avec un manuel de formation militaire. Pas de Mein Kampf cependant. Soyons honnête : ces trouvailles sont fort rares et l’immense majorité des stands fait plutôt allusion soit à des choses bien neutres de la vie quotidienne, soit à la contre-culture, à l’ésotérisme, au militantisme anti-nucléaire, bref à l’Allemagne gauchiste. Mais il est tout de même quelques vendeurs et, peut-on supposer, quelques vendeurs malsains.

mardi 30 novembre 2010

KZ Dachau (3)



Le gros bâtiment administratif est un héritage de l’ancien camp. On peut y découvrir certaines pièces en l’état, avec par exemple cette interdiction du fumer. Partir en fumée oui, s’en griller une, non.

On y trouve surtout une remarquable exposition sur l’histoire du camp. Replacée dans son contexte général de l’Allemagne nazie, elle est d’une très grande précision. Une impressionnante quantité de témoignages la nourrissent, associés à une non moins grande moisson de documents. La fort germanique bureaucratie a généré une paperasse, plans, comptes, lettres, dossiers divers, que l’on a pu en grande partie sauver de la destruction. La plongée n’est pas facile : c’est toujours pire que ce que l’on imaginait ou croyait savoir.

On possède aussi des réponses à certaines questions fort importantes, comme celle-ci : les Allemands, ou disons les Bavarois de Dachau savaient-ils ? Oui. Les prisonniers sortaient pour des travaux divers, à Dachau même et dans toute la Bavière. S’ils ne connaissaient pas forcément les détails de la vie intérieure du camp, ils ne pouvaient ignorer que ce que l’on faisait subir aux gens qui y étaient enfermés était ignoble. C’est donc avec des sentiments mauvais que l’on voit le film, tourné au printemps 1945, qui montre les soldats américains, révoltés parce ce qu’ils ont découvert, contraindre les habitants de la paisible bourgade à aller contempler les amas de corps et le crématorium. Il en est d’impassibles , de gênés et d’autres tout de même bouleversés.

De la visite du camp, on ressort avec des sentiments mêlés. D’abord profondément ému. Presque écrasé tant l’horreur s’y rencontre à chaque pas. Épuisé par ces émotions. Instruit, certes, mais d’un fort amer savoir. Abasourdi, avec cette lancinante question, qui ne cessera de se poser : comment cela a-t-il été possible ? Comment un pays qui se voulait si avancé a-t-il pu plonger si loin dans la folie ? La colère vient, encore et toujours.

Je connais des esprits qui trouvent que « les Allemands nous font chier avec leur culpabilité » et qu’ils en font trop. Ils n’en feront jamais trop.

*

J’ai mis en ligne des photos d’une meilleure définition ici.

lundi 29 novembre 2010

KZ Dachau (2)

Au bout du camp, on passe à travers une nouvelle reconstitution, celle du système de barbelés et de fossés qui empêchaient les prisonniers de sortir. Beaucoup y moururent, soit en voulant s’échapper, soit en y étant piégés par la perversité des gardiens : 40 000 personnes sur 200 000 prisonniers. Ce qui suit est d’époque : les fours crématoires.

Dachau était un camp de concentration, par d’extermination comme Auschwitz, c’est entendu. On y a entassé opposants politiques, Juifs, prêtres, tziganes, prisonniers de toutes nationalités, notamment russes. Tout ce monde était soumis à un arbitraire total, et, en vertu de cela, terrorisé, battu, maltraité, mal nourri, exploité par des travaux harassants, souvent exécuté froidement par les gardiens du camp. À Dachau comme ailleurs, des médecins sans âme ont pratiqué nombre d’expériences sur les prisonniers. Leurs victimes trouvaient une mort précédée de longues souffrances. Le prisonnier était aussi soumis à un règlement pervers et déshumanisant, appliqué avec une brutalité et un sadisme de chaque instant ; en vertu de celui-là, on était tout autant terrorisé, battu, exécuté, etc. L’organisation du camp – le premier à avoir été ouvert – a même constitué le modèle de tous les autres camps de concentration allemands ; les officiers SS ayant dirigé des camps y étaient souvent passés : on parlait de « l’école de Dachau ». La folie unissait l’arbitraire et la maniaque logique réglementaire. On mourait donc en masse à Dachau, de maladie (le typhus faisait rage), de mauvais traitements ou de la volonté de tel SS. Les survivants devaient se charger de détruire par le feu le corps de leurs camarades dans un crématorium. Le premier, construit en 1940, fut vite insuffisant, étant donné l’aggravation de la mortalité qui sévissait dans le camp. On en construisit un second, plus grand, plus moderne. On possède même quelques photos le montrant en fonctionnement.

Dans le crématorium se trouvent aussi une salle de déshabillage et une chambre à gaz, fonctionnelle. On ne possède pas de preuve directe de ce qu’elle ait fonctionné comme lieu de mort. Mais pourquoi diable a-t-elle alors été construite ?

La distinction entre camp d’extermination et camp de concentration tient dans ce que le premier était construit précisément dans le but d’anéantir ceux qui y étaient conduits. Mais la limite est ténue, quand les seconds, comme on le voit à Dachau, n’étaient pas loin de parvenir à ce même résultat.

Autour de ces bâtiments se trouvent les fosses communes où l’on a jeté les corps par centaines, notamment quand il n’y eu plus assez de charbon pour le crématorium. On marche sur les morts. Le visiteur sort de cette partie du camp en chancelant.

Le malaise m’avait vite saisit : comment peut-on visiter cet endroit, comme on découvrirait un château ? Que fait-on ici, avec guide et sac à dos, au milieu de dizaines d’autres gens multicolores, presque comme dans un haut-lieu du tourisme de masse ? Ce moment m’a apporté une réponse : cela m’était nécessaire. On peut malheureusement douter qu’il en soit ainsi pour tous les visiteurs. J’ai vu des groupes se faire prendre en photo devant le panneau « Krematorium » et même l’un d’eux s’appuyer devant l’entrée du premier four crématoire, avec un large sourire, triomphant, en demandant à ses amis de le photographier ainsi. Shoahpark… La bêtise est n’a pas de limites.

dimanche 28 novembre 2010

KZ Dachau (1)


Dachau est l’endroit où se situe un des camps de concentration les plus connus. On s’y rend en quelques minutes, par le bus, depuis la gare de la bourgade voisine.

La visite du camp est organisée de façon remarquable. On n’en ressort pas indemne, c’est entendu. Mais l’ignorant est édifié et celui qui sait n’en saura jamais assez.

Il subsiste peu des rails qui conduisaient dans le camp les wagons plombés bondés de déportés. C’est que la partie où ils se situaient, l’ancien caserne des SS, est désormais occupée par la gendarmerie bavaroise. Une ironie amère nous guette. Il n’y a cependant pas de solution de continuité entre les deux occupations du lieu.

L’entrée se faisait par le bâtiment appelé Jourhaus, encore debout, qui abrite la grille de fer au cynique et célèbre slogan, Arbeit macht Frei. Est également d’époque le bâtiment administratif, qui abritait aussi divers ateliers où l’on exploitait les prisonniers. À part les édifices spéciaux dont je reparlerai, il ne reste presque rien du camp, qui a pourtant été en activité douze ans durant (22 mars 1933-29 avril 1945). Des baraquements, on ne voit que la trace à même le sol, les contours gris, assortis parfois de fleurs. Tout a été détruit. C’est que le camp a beaucoup servi – y compris pour y enfermer les prisonniers nazis en 1945, ou pour accueillir les Allemands réfugiés en Bavière au lendemain de la guerre. On a surtout mis du temps à comprendre la nécessité d’en garder le souvenir. Il faut dire que, pendant près de vingt ans, les Bavarois et la Bavière ont opposé une extrême mauvaise volonté au désir des survivants de faire du camp un lieu de mémoire. Oublier, effacer plutôt que de stigmatiser. On voit que l’Allemagne a mis du temps à se regarder en face – elle n’est pas la seule, certes, et le portrait était pire que celui de Dorian Gray. Ce sont les anciens prisonniers qui l’on emporté et qui ont fait de ce camp ce qu’il est désormais, un terrible et nécessaire lieu de mémoire et d’histoire.

Deux baraquements ont été reconstitués à l’identique. Pas plus. Juste ce qu’il faut, avec les témoignages écrits et oraux pour prendre la mesure de l’entassement des prisonniers sur les lits en bois, la promiscuité, l’effarant nombre de personnes qui s’entassaient de plus en plus, comme jamais on ne traiterait même du bétail.

Le camp est un lieu du souvenir pour les survivants. Aussi y a-t-il été édifié une sinistre sculpture en mémoire de ceux qui y sont morts, en forme de barbelés. Mais les religions s’en sont aussi emparées. On y trouve ainsi une chapelle juive, un carmel, une chapelle catholique – les prêtres polonais ont été déportés ici en nombre –, une autre, protestante, et même une église russe en bois. On peut penser à de la récupération. Mais beaucoup de prisonniers enfermés ici étaient simplement persécutés à cause de leur foi. Chaque religion y entretient ainsi sa propre mémoire.