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mercredi 1 juin 2011

Vivons dangereusement

Après la vache folle, le poulet cacochyme et le cochon tueur, voici la bactérie qui venait du concombre. Et après? Le thon radioactif? Le poulpe fiction?

En attendant, ici, c'est la panique. Comme une collègue française mangeait ses tomates, une collègue allemande s'est écriée que c'était très dangereux, quelle témérité! Les médias regorgent de rapports inquiets sur les progrès de la bactérie. Elle a atteint la Bavière..

Je vis moi aussi dangereusement avec, au menu de ce soir, celle qui voulait se faire aussi grosse qu'un bœuf:
sa majesté la tomate Ochsenherzen. Dont une partie a fini en tomate-mozzarella (di buffala, cela va de soi).
On verra bien si je donne bientôt des nouvelles. J'ai également de la salade dans mon frigo. Quelle témérité!

mercredi 11 août 2010

Bobologues en Germanie

Au pays de la chimie triomphante, où l’organisation et l’efficacité sont reines, où la Wellness et la Gesundheit sont au cœur des préoccupations, on pourrait croire que le système de santé est proche de la perfection. On en est loin.


Imaginons qu’un médecin vous ait prescrit d’effectuer de temps à autre des analyses médicales, de sang, d’urine, de santé mentale de l’exilé, que sais-je encore. En France, vous iriez pousser un matin la porte d’un des innombrables laboratoires d’analyses médicales, muni de l’ordonnance et vous auriez le résultat le soir même, s’il ne s’agit pas d’analyses lourdes. Impossible ici, pour la simple raison qu’il n’existe pas de laboratoires d’analyses indépendants. Chaque médecin a son propre laboratoire, les prélèvements étant effectués par un(e) de ses assistant(e)s – le masculin est théorique. Il faut donc prendre rendez-vous et patience, car l’on peut attendre bien des semaines. À chaque fois, il faut réexpliquer au médecin les raisons de la démarche. Quant aux résultats, là encore, il faut attendre, et surtout les réclamer : ils sont destinés au médecin, point. Quant aux médicaments, ils sont parmi les plus chers d’Europe.

Imaginons maintenant que vous ayez une tendinite au coude à force de lever un Maß de bière en braillant « Prost » (le Bier-elbow) ou un sérieux mal au dos à force de porter des cartons de cette même boisson. Vous iriez chez le médecin, disons trois semaines après avoir demandé un rendez-vous. Bien qu’étant théoriquement intégralement remboursé par la sécurité sociale, vous paieriez un forfait de 10 euros. Le médecin vous écoute gentiment pendant dix minutes, vous conseille éventuellement de passer au vin, vous donne des bonnes adresses de restaurants français, mais ne vous examine pas. Il vous envoie vers un spécialiste du dos ou du coude. Le(la)quel(le) vous fait payer un nouveau forfait, vous fait remplir une fiche avec un dessin où figurent les zones de bobos potentiels, avec un QCM, et ne vous examine pas plus. Il ou elle vous fait une ordonnance pour des séances de Manuelle Praxis : vous iriez donc chez un chiropracteur. Alors, les Doktor, on a peur de toucher le patient ?

Question toucher, à la Manuelle Praxis, on se rattrape, une fois que l’on a payé le forfait, plus de 20 euros cette fois-ci. On vous palpe, vous masse, vous manipule, vous chauffe les muscles, vous montre comment tout cela fonctionne, à l’aide nombreux de tableaux dignes de salles de cours de biologie. On vous conseille des positions (de travail…), tout en vous réparant et en vous racontant les facéties du neveu. Un mélange entre le coiffeur (pour la conversation), le salon de massage (pour le palpation) et l’ostéopathe (pour le résultat). Avec une ambiance de salle de sport, si l’on en juge par les tapis de sol et les ballons de toute sorte qui y abondent. Au fond, ces séances sont ce qu’il y a de meilleur dans le système de santé allemand. Mais il est bien cher, bien compliqué et l’on reste étonné devant ces médecins, généralistes ou spécialistes, qui diagnostiquent sans ausculter. De ce point de vue, la supériorité de nos médecins et de notre système de santé est manifeste.



Rassurons-nous, cela ne durera pas, tant le processus de destruction est bien enclenché.