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dimanche 14 août 2011

Des ronds dans l'eau


En route vers un lieu dont je parlerai bientôt, je suis allé faire un tour vers une des perles de la Bavière, le Königsee, blotti dans un angle du pays, au sud de Berchtesgaden (où çà?). C'est un Naturschutzgebiet et les voitures n'y accèdent pas. Le lieu est néanmoins couru et l'on a dû aménager un vaste parking non loin de là, qui s'étend parfois dans les prés et donne l'occasion aux touristes de tremper leurs tongs dans la bouse et de chanter, "on dirait qu' çà t'gêne, de marcher dans la bouse..."

Le piéton peut marcher; le touriste contemplatif et fainéant tenter de prendre place sur un des nombreux petits bateaux qui font le tour du lac; le contemplatif et courageux loue une barque.

On s'éloigne vite du petit port, en tentant d'aller droit malgré le déséquilibre entre les muscles du côté droit et ceux du côté gauche, qui se fait sentir sur la direction. Entre les falaises et les sapins, on avance lentement, comme sur une longue piste, le lac, tout en longueur, ne se découvre que peu à peu, comme par pudeur. Au loin, le fond, là-bas, a l'air très beau.
Mais c'est un peu loin pour des abonnés à la bibliothèque et non au Fitness-Centre. On prend alors le temps de vivre, de laisser la barque dériver. D'écouter l'autre ramer. La cadence fait se ressouvenir de ce poème de Lamartine, Le lac. Ressouvenir, c'est un bien grand mot, pas un vers ne sort. Plutôt un vague souvenir d'ennui respectueux. Ou d'adolescent hermétique à la poésie?

Peu importe, ramons, on est bien et l'étape suivante est prometteuse.

jeudi 7 juillet 2011

Un gros bide

A bière? Si l'on veut: hier, la bière a coulé à flots, en vain, après, les larmes ont fait de même.
La propagande battait son plein dans les journaux. On avait préparé partout des énormes fêtes, sur la Marienplatz, dans les rues adjacentes, à Garmisch-Partenkirchen. Sono à fond, grandes scènes avec musique et célébrités, podiums où les télévisions filmaient non-stop leurs envoyés spéciaux, ballons et drapeaux fournis en abondance par le sponsors, les villes se paraient pour une énorme party, comme on dit ici.

Patatras, Munich n'a pas obtenu les J.O. d'hiver 2018, qui iront en Corée. Annecy a été encore plus nettement rejetée. Tout le monde est triste. Vraiment? Ceux qui comptaient faire des affaires ou se bâtir un nom, assurément. Les gogos qui ont absorbé les articles béas des journaux, sans doute. ceux qui craignent les dépenses faramineuses qu'occasionnent les J.O. et l'endettement des villes, ceux qui n'en peuvent plus du suréquipement des montagnes, ceux qui voulaient un peu de paix en 2018, beaucoup moins. Les Alpes, françaises ou allemandes, ont gagné un répit.

Pourquoi Munich a-telle perdu? Peut-être parce que le maire de la ville, Christian Ude, est allé ainsi vanter la candidature de la ville à Durban:
avec le marteau et le robinet qui ouvre le premier tonneau de l'Oktoberfest...
Ça donne soif, tout çà.

jeudi 2 juin 2011

Là haut sur la montagne

Le chemin aboutit sur un petit replat qui porte ce chalet d’alpage. Satisfait d’y être parvenu, on s’assied sur les blocs qui servent de seuil, au milieu des fleurs du printemps. On pose le sac à dos, essuie la sueur du front. On souffle. Il faut chasser quelques mouches qui goûteraient bien à ce qui trempe le tee-shirt. L’air est frais dans le dos mouillé.

L’attache de la gourde tinte sur le métal avant que l’eau ne coule dans le gosier desséché. Après la montée, il fait grand faim. Une tomate fraîche est entamée à pleine dents, qui goutte sur le sol. On sort le couteau, dont on déplie la lame pour couper dans le gros pain blanc. Puis le saucisson sec, que l’on glisse entre deux tranches, avec un cornichon, soigneusement enveloppé dans de l’aluminium. Rustique, dense, le sandwiche artisanal occupe incisives et molaires un bon bout de temps. On regarde des abeilles voler entre les fleurs. Une colonne de fourmis qui se charge de recycler nos miettes. Des petits oiseaux filer, par à-coups, vers les sapins en contrebas. Un lézard immobile sur une pierre brûlante. Les nuages passer doucement dans le ciel bleu vif.

Les muscles un peu las, on se demande si un jour on pourra à nouveau tutoyer les glaciers et les parois si nues qui nous dominent, en face, écrasants et si attirants. On rêve de là-haut.


Mais il faut bien laisser ce joli calendrier pour replonger dans le travail.

lundi 8 novembre 2010

Marcher dans la boue, sans gêne… (au Tegernsee)

L’automne est moins arrosé qu’il ne semblait devoir l’être. Le week-end en Chiemgau n’était pas le seul à être ensoleillé : le 30 octobre dernier, j’ai pu bénéficier avec une amie de quelques rayons pour découvrir un autre lac, le Tegernesee. On le rejoint par une heure de trajet d’un train très, très tranquille.

La bourgade qui porte le même nom rassemble, dans un entrelacs de ruelles paisibles, des maisons cossues, très soignées, souvent richement décorées. Tegernesse est un des endroits de Bavière où les fortunes vont prendre l’air et les eaux. On les comprend. Le soleil bas illumine les arbres dorés qui se mirent dans le lac. On y trouve naturellement un château, un ancien monastère sécularisé au début du XIXe siècle, pourvu, comme il se doit, d’une église baroque.

Nous n’étions pas là pour humer l’air frais et le parfum peu discret de la haute bourgeoisie, mais plutôt pour faire travailler les mollets sur les montagnes qui dominent le lac et lui constituent un écrin. Nous montons donc sur un des innombrables sentiers qui partent de la bourgade, en quittant peu à peu les villas prospères et les hôtels luxueux. Le sentier serpente dans un sous-bois où les feuilles ocre, brunes et rousses filtrent la lumière. Le soleil aide les troncs des bouleaux puis des sapins, vastes colonnes, à s’élancer vers le ciel. En approchant des mille mètres, nous rencontrons peu à peu des plaques de neige, là où le soleil a du mal à faire darder ses rayons. Les plaques se transforment en champs de neige, et le randonneur en gamin. Le sentier nous conduit vers un chalet de montagne qui fait office de restaurant d’altitude – on n’ose dire refuge, tant la nourriture est copieuse et l’affluence impressionnante. C’est une vraie brasserie, où l’on boit la Tegernsee, la bière locale, en admirant le reflet des sommets dans le lac.

L’on monte encore quelques mètres, pour admirer la vue, dans la neige. Le sommet du trajet est constitué par une butte exposée au nord, qui a donc gardé son manteau blanc. Nous y montons, avec peine, car le redoux la transforme en mélasse. Quand elle est fondue, elle fait apparaître des prés détrempés par l’humidité et par le piétinement des vaches. Ouh, la gadoue ! Les chaussures en sont pleines et finiront bien brunes de boue.

Comme toujours, l’effort est récompensé. Là haut, c’est un retable médiéval qui vous accueille, avec cet immense Christ sur fond de sommets et de nuages. Nous goûtons la vue.

Puis il faut poursuivre le chemin, floc !, ploutch ! C’est « matschig » comme on dit ici, et il faut à chaque pas lutter contre la chute. La descente en devient bien longue. Les heures passent. Nous admirons le soleil se coucher progressivement, découper des plans dans le lointain, caresser les nuages. Mais nous finirons, boueux, le chemin dans la nuit noire. Le chic ne passera pas par moi.

*

Les jarrets d’aciers trouveront bien d’autres photos ici.

jeudi 4 novembre 2010

Du jarret dans le Chiemgau

Autant décevoir tout de suite les curieux mal orientés : il ne s’agira ni de recette de choucroute ni d’un épisode de San Antonio. Le Chiemgau est une région du sud-est de la Bavière, à environ une heure de Munich. Son fleuron est le Chiemsee, un des plus grands lacs de Bavière.

L’an passé, l’automne ne fut qu’un long été indien. Cette année, la pluie et le froid règnent. Profitant du seul week-end d’octobre où le soleil a brillé, je m’y suis laissé guider par des amis pour une petite randonnée dans cette région. Sur le lac, le vent froid qui soufflait faisait le bonheur des amateurs de voile.

Plus haut, il fallut attendre que la brume qui montait de ses eaux froides, léchées par le soleil, se fût dissipée. Couverts de pulls, nous montions dans les nuages. Lentement, ceux ci se transformèrent en écharpe, et, en se déchiquetant, nous révélaient les épaules montagneuses l’une après l’autre. Là-haut, c’est le paradis des bovins. Souvent des races locales, dont le lait est collecté par une laiterie bio. Nous sommes en fait passés en Autriche, presque sans nous en apercevoir. Paysages, architecture et dialectes sont à peu près identiques – avec un singulier raclement des « r » pour ce dernier, qui fait un peu penser au terrible schwyzerdeutsch. Les vaches ruminent de pareil ; il est impossible de distinguer un « meuh » bavarois d’un « meuh » tyrolien. Les fermes sont toutes abondamment décorées : des balcons en bois ouvragé dégoulinent des fleurs rouges et les peintures ornent presque toutes les façades.

Nous montons encore, pour atteindre un petit col à l’herbe grasse, labourée par les sabots des vaches. La vue porte loin, côté autrichien comme côté bavarois. Par-dessus les forêts, par dessus la nappe de nuages – qui n’ont pas fait travailler leurs mollets comme nous et paraissent dans la vallée. Quelques gentianes se sont trompées de saison, qui poussent en automne !

Nous marchons sur des larges sentiers ou sur des routes tranquilles, dans une montagne très apprivoisée. Peu de labours, beaucoup de prés, très verts – c’est très arrosé ici – et très soignés. On pourrait croire que les vaches sont dressées à brouter l’herbe avec régularité, à 5 centimètres du sol, tant la coupe en est régulière. L’explication réside ailleurs. Voyez cette ferme, dominée par une ronde et verte épaule. On faisant un zoom sur l’épaule, on aperçoit la fermière et son fils… en train de tondre le pré. Le secret des jolies montagnes de la Suisse, de la Bavière et de l’Autriche réside là : les paysans tondent les prés. La mode veut ici que l’on tonde bien d’autres choses que les prés, mais c’est une autre histoire.

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Les curieux trouveront d'autres photos ici.