du cinéma français. Rien d’exceptionnel, le cinéma français est très réputé ici, comme on le voit tant à la télévision qu’au cinéma. Certes, tout le monde ne le regarde pas en version originale, même s’il y a des amateurs. Mais la France est toujours un sujet d’intérêt. Le raffinement, l’art de vivre, la qualité de la cuisine font notre réputation – un peu usurpée. Cela dépasse le domaine du luxe et de la cuisine : la France est observée, étudiée, regardée. On en parle beaucoup aux informations, et aps uniquement ne raison du coupe présidentiel. Chaque décès d’acteur, de chanteur est commenté même sur l’équivalent de France Info, B-5-Aktuell, et dans les journaux. Un exemple : la mort de Maurice Garrel, l’acteur, père du cinéaste Philippe Garell et grand-père de l’acteur Louis Garell, a fait l’objet d’une information : ce n’est pourtant pas une grande célébrité et je ne suis pas sûr qu’on en a parlé sur France Info ou France Inter. Ces derniers publient régulièrement des analyses détaillées de livres français traitant de la France. La Bavière, très francophile, va peut-être plus loin dans ce travers que le reste de l’Allemagne. Le nord-ouest serait plus tourné vers l’Angleterre. Mais je retrouve le même intérêt sur les chaînes de télé et de radio nationales. Su les radios culturelles, on diffuse massivement de la chanson française : certes la pénible Zaz, mais aussi d’illustres inconnu(e)s. Le choix est discutable, mais touchant.jeudi 29 septembre 2011
Francophilie – Hier ist Frankreich einfach cool
du cinéma français. Rien d’exceptionnel, le cinéma français est très réputé ici, comme on le voit tant à la télévision qu’au cinéma. Certes, tout le monde ne le regarde pas en version originale, même s’il y a des amateurs. Mais la France est toujours un sujet d’intérêt. Le raffinement, l’art de vivre, la qualité de la cuisine font notre réputation – un peu usurpée. Cela dépasse le domaine du luxe et de la cuisine : la France est observée, étudiée, regardée. On en parle beaucoup aux informations, et aps uniquement ne raison du coupe présidentiel. Chaque décès d’acteur, de chanteur est commenté même sur l’équivalent de France Info, B-5-Aktuell, et dans les journaux. Un exemple : la mort de Maurice Garrel, l’acteur, père du cinéaste Philippe Garell et grand-père de l’acteur Louis Garell, a fait l’objet d’une information : ce n’est pourtant pas une grande célébrité et je ne suis pas sûr qu’on en a parlé sur France Info ou France Inter. Ces derniers publient régulièrement des analyses détaillées de livres français traitant de la France. La Bavière, très francophile, va peut-être plus loin dans ce travers que le reste de l’Allemagne. Le nord-ouest serait plus tourné vers l’Angleterre. Mais je retrouve le même intérêt sur les chaînes de télé et de radio nationales. Su les radios culturelles, on diffuse massivement de la chanson française : certes la pénible Zaz, mais aussi d’illustres inconnu(e)s. Le choix est discutable, mais touchant.jeudi 20 janvier 2011
Spic' di Gunaar!
Peu importe le titre de l'ouvrage et son genre, puisqu'elle se prénomme Hadwiga. C'est ma première Hadwiga.Ou mieux, pour le kitch:
Pas de chance, le livre est nul. Concédons que Gudrun, "Gute Rune" (bonne écriture en quelque sorte) ne lui conviendrait pas mieux.
Soyons juste: la plupart de mes collègues portent des noms bien plus neutres de Christof, Christian, Michaël, Ludwig, Helmut, Peter, Nikolaus/Klaus ou de Martin. Quel ennui! Je retourne à Hadwiga.
vendredi 19 novembre 2010
Les délices de la traduction automatique
Le moins drôle est sans doute ce texte destiné à présenter le cirque des puces de l’Oktoberfest.
Pas trop de fautes, mais un étrange nom pour la ville qui l’accueille : Munique. Traduction phonétique.
Un peu plus amusant, cette page sur la cuisine bavaroise (ici). Admirez-en le style avec cet extrait :
« La cuisine de Bavière est l'ensemble d'assiettes et habitudes de la région de Bavière (l'Allemagne) et un des éléments plus identificadores de la cuisine allemande du sud. Il s'agit d'une il cuisine basique, fondée dans le goût des laboureurs qu'ils jadis soignaient les champs de Bavière. Les caractéristiques plus générales de cette cuisine bávara est l'abondante viande especiada, fréquemment servie rôtie, les assiettes de pâte et de farine.
Dans la liste qui suit, j’ai aussi un faible pour « Entrantes », au lieu des « entrées ». Tout cela semble traduit d’une langue ibérique.
On dira que ce sont les lois du Net et l’on pourra en citer des centaines d’autres exemples. Voici donc pour finir mon préféré, photographié en septembre dernier à Athènes, sur le menu d’un restaurant à touristes situé devant l’ancienne agora.
La pauvre huile, qui n’était pucelle qu’elle était, tomba en consomption. Quelle salade !
jeudi 7 janvier 2010
Un petit glissement vers 2010
On souhaite ici aussi une bonne année, mais il arrive souvent que l’on vous souhaite littéralement « un bon glissement dans la nouvelle année », einen guten Rutsch ins neue Jahr. Avec les bulles du champagne, dans la nuit de la Saint-Sylvestre, on glisse en effet facilement d’une année à l’autre. Il faut supposer que l’expression sert tout autant à présenter ses bons vœux pour l’année à venir qu’à fait allusion à la fête du 31 en elle-même. Ne l’ayant pas passée en Allemagne, je n’en dirai rien, d’autant plus que, désormais, toutes les lumières sont éteintes. Il reste çà et là des soldes, en ordre dispersé car elles sont dérèglementées. Pas de micro-trottoir sur la première heure des soldes : de quoi peuvent donc parler les journalistes ? Des querelles au sein de la coalition au pouvoir, qui s’étripe sur les premiers allègements d’impôt.
Je vous souhaite donc à vous tous un bon glissement progressif vers 2010. Je ne prendrai pas trop de bonnes résolutions, surtout par écrit. Je mettrai, selon l’humeur et le temps disponible, quelques textes en ligne, qui porteront comme en 2008 sur mon séjour munichois, sans forcément que cela reflète le quotidien ou une quelconque chronologie. Devraient donc venir, pour commencer en me contredisant, une page sans rapport aucun avec l’Allemagne, puis quelque chose qui n’est plus trop d’actualité, l’Allemagne à bicyclette et, peut-être, une série en cinquante épisodes sur « vérités et légendes sur l’Allemagne ». Comme j’aurai sans doute d’autres idées et que la vie est pleine de surprises, il est probable que je ne respecterai même pas cet embryon de programme et je m’en réjouis.
vendredi 11 décembre 2009
Alexandre le Grand à Heidelberg
La réunion des nouveaux boursiers de la Fondation Humboldt se tenait cette année fin novembre à Heidelberg (Rhénanie-Palatinat). Pendant trois jours, réun
ions solennelles, discussions en groupes de pays plus ou moins voisins (on met ainsi la France avec l’Italie, l’Espagne, la Roumanie et… la Géorgie), par groupes de disciplines là encore plus ou moins voisines se succèdent. Nous étions accueillis dans les locaux de l’université de la ville : les plus anciens sont en plein centre ville dans de trapus bâtiments en grès rose. Le « grand amphi » local (Alte Aula) est une longue salle rectangulaire surchargée de boiseries et de vieux lampadaires en fer forgé qui nous transporte dans l’université du milieu du XIXe siècle. Mais l’université est dotée de locaux, souvent très modernes dans toute la ville qui est une petite ville avant tout universitaire.La panel de chercheur est révélateur : moins de 20 % proviennent des sciences humaines et sociales. Un contingent très impressionnant de Chinois et d’Indiens forme le gros des bataillons dans les sciences dites exactes et les « sciences de l’ingénieur ». Mais il n’est guère de pays qui n’aie de boursiers : j’ai croisé, discuté notamment des Italiens, des Français, des Britanniques, des Espagnols, une Luxembourgeoise, une Bulgare, un Géorgien, un Tchèque, un Hongrois, des Roumains, quelques Américains des USA, des Brésiliens, des Indiens, un Ouzbek, un Grec, un Turc (qui ont fait ami-ami)… Si, dans les sciences humaines, tout le monde comprend et parle l’Allemand, ailleurs on ne parle qu’anglais. Les universitaires allemands sont même de fins anglophones, mais ils en viennent à ne même plus songer à employer leur propre langue : le discours inaugural de la représentante de la Fondation s’est fait exclusivement en anglais ; les courriels sont bilingues, mais parfois seulement en anglais (ainsi pour le «club des Humboltiens de Munich») et le responsable d’un gros programme de recherche en histoire à Heidelberg nous a d’emblée présenté le projet en anglais, alors que l’intégralité du groupe maîtrisait très bien l’allemand ; il ne s’est même pas posé la question. Cela n’étonnera personne, je fus des râleurs. Et l’allemand revint.
Les conditions de séjour valent la peine d’être racontées. Nous avons dîné le premier soir dans un des restaurants
les plus chers de la ville, au « Ritter », dans une imposante bâtisse, une des seules à avoir survécu, dit-on, au sac de la ville, à la fin du XVIIe siècle, par les troupes bien intentionnées de Louis XIV. Les Français que l’on voyait alors à Heidelberg étaient là pour piller, violer et brûler. Il semble que l’on ne nous en tienne pas trop rigueur. Le lendemain, le dîner avait lieu dans un luxueux restaurant qui domine la ville, au-dessus de la forêt et des ruines du château (détruit par qui vous devinez), à l’aplomb de la vallée du Neckar. Il faut imaginer que ce sont à chaque fois environ 200 couverts qui sont payés, auxquels s’ajoutent les pauses café et thé, pourvues en abondance en gâteaux de toute sorte.Mais le nec plus ultra était le logement à l’hôtel Europäische Hof, un 5 étoiles, le plus coûteux de la ville. Un véritable grand hôtel, avec un personnel nombreux, stylé, un piano bar, une salle de sport, un spa, un grand restaurant et des chambres comme jamais un universitaire n’en connaît dans sa vie professionnelle – et ne peut s’en payer dans sa vie privée. Nous n’avions bien sûr pas les meilleures. Mais jugez-en par un inventaire : assez vastes, lumineuses, avec un éclairage sophistiqué assorti d’une multitude de glaces ; un coffre-fort, un mini-bar, une connexion Internet pour portable ; une télévision grand-écran plat avec connexion Internet (le clavier est fourni), vidéo à la demande (y compris films porno allemands…), de l’eau minérale à volonté, un chocolat sur l’oreiller ; un appareil à repasser (verticalement) les pantalons, un nécessaire à couture, de quoi nettoyer ses chaussures, mais aussi un service gratuit de cirage (jusque 2 heures du matin), ou payant de nettoyage de vêtements ; peignoir de bain et chaussons sont également fournis ; la salle de bain est munie d’un téléphone, de distributeurs de mouchoirs en papier (à chaque fois pliés en biseau pour marquer leur caractère propre), de divers produits de bain, de cotons-tiges, d’un miroir grossissant (pour se maquiller, se raser ou se percer avec joie et précision les boutons), d’une baignoire avec double système de douche et surtout remous… Le petit déjeuner est potentiellement le plus pantagruélique que l’on puisse imaginer : jus de fruits frais pressés, dans des carafes posées dans la glace, œufs et bacon, saucisses, weisswurst bien sûr, avec ses moutardes, charcuteries, y compris boudin (si si), harengs marinés (il faut oser), fromages frais et secs, choix de yaourts, de fromages blancs frais ou aux fruits, compotes ad hoc, muësli à composer soi-même à partir d’un grand choix de graines et de fruits frais et secs, beur
re, croissants, petits gâteaux, toasts, brioches, pains de toute sorte à couper soi-même en les tenant via une serviette immaculée, confitures maison, Nutella, choix de miels et j’en oublie ! Il est bon pour la ligne que ces rendez-vous ne se prolongent pas trop.Les vacances scientifiques se prolongent par une visite de la ville, très unitaire puisque reconstruite après les ravages de mes compatriotes. Grâce à nous, Heidelberg est une admirable petite ville baroque (et relativement sobre), dominée par une sorte de grès rose et des crépis aux teintes vives. Comme il semble que la Fondation me paye pour travailler, je m’arrête là : les curieux pourront voir plus d’images ici.
jeudi 10 décembre 2009
Alexandre le Grand
La princesse qui me paie les frais de séjour à Munich s’appelle la Fondation Alexander von Humboldt. Naturaliste et voyageur du XIXe siècle, il est aussi le frère de Wilhelm von idem, le fondateur de l’université allemande. Dans son état actuel, la Humboldt-Stiftung date de sa refondation en 1953. L’institution n’a pas de parallèle en France : son financement est essentiellement public : ce sont les ministres des affaires étrangères et de la recherche qui lui allouent la quasi totalité de ses fonds. Plusieurs centaines de chercheurs du monde entier se voient chaque année allouer des bourses de 6 à 24 mois, qui permettent de vivre presque confortablement en Allemagne. La Fondation finance au total 1 800 chercheurs. L’institution qui les accueille, université ou centre de recherche, reçoit en plus des fonds pour compenser les frais induits par la présence du boursier (Stipendiat) et pour lui payer ses frais de déplacement, d’achats de matériel, de livres, etc. La fondation souhaite attirer ainsi des jeunes chercheurs en Allemagne, promouvoir les échanges entre chercheurs allemands et étranger, irriguer le système de recherche allemand. C’est une habile politique diplomatique, qui participe au rayonnement de l’Allemagne et à la diffusion d’une meilleure image du pays... Voilà pourquoi la Fondation dispose de moyens très impressionnants. Car les chercheurs disposent, en plus de la bourse, de bien des avantages : payement des frais d’assurance, subvention pour déménagement, paiement de cours d’allemand intensifs au Goethe-Institut (jusqu’à quatre mois), etc. La fondation organise de nombreuses rencontres annuelles en Allemagne pour tous ses boursiers (j’y reviendrai), tous frais payés, et même au mois d’août un « tour d’Allemagne » de quinze jours. On nous offre revues, dictionnaire, guide, cartes, agenda, stylos, pin’s et cravate de la Fondation ! Tout est donc fait pour nous germaniser. Avec succès ? C’était sans compter l’écrasante domination de l’anglais, qui s’insinue partout en Allemagne et est devenue une lingua franca.
Mais je ne boude pas mon plaisir et je tremble à l’idée qu’un sbire du gouvernement français apprenne qu’il est un pays voisin et ami où l’État paye dignement des chercheurs, avant tout étrangers, en leur offrant de splendides conditions de travail et une liberté de recherche totale sur le sujet qu’ils ont choisi. Quelle horreur ! Fort heureusement, c’est totalement impossible chez nous.
dimanche 15 novembre 2009
Gloire au Goethe-Institut !
Septembre et octobre n’ont pas constitué pour moi simplement la saison des champignons, mais surtout celle des cours au Goethe-Institut. Il est un peu étrange de redevenir étudiant, de réviser ses cours, d’être interrogé, de faire des devoirs chez (Hausaufgabe), sur place et d’attendre presque avec appréhension la note. J’en ai passé l’âge, mais cela restera parmi mes plus beaux souvenirs de cours.
L’institution occupe l’essentiel d’un immeuble moderne d’une rue du centre de Munich, la Sonnenstr
asse, qui suit le tracé des remparts du Moyen Âge. Immeuble et décors sobres, un peu froids, fonctionnels, avec comme seule fantaisie l’omniprésence du liseré vert qui caractérise le Goethe-Institut. Il ne faudrait pas s’y tromper : cette modestie apparente cache mal les importants moyens dont bénéficie l’Institut. Du personnel d’abord : administratif bien sûr, d’accueil (dont les fameux Zivis), mais aussi des bibliothécaires et des enseignants parmi les meilleurs du genre. Toutes les salles sont naturellement équipées en rétroprojecteurs et matériel de toute sorte, notamment audio. La Mediothek, au dernier étage, est un très bel endroit pour travailler : une grande quantité de livres, dont une foule surprenante de méthode de langue, de grammaires, de cahiers de vocabulaire, certes, pour la seule langue allemande, mais écrits pour des dizaines de langues ou peu s’en faut ; une splendide collection de dictionnaires où il fait bon se perdre, des guides, un peu d’histoire, de géographie ; des romans, classés en fonction du niveau de langue – connu de tous, puisque les cours sont donnés par niveaux au sein duquel nous sommes placés après un test initial. On
y trouve aussi l’inévitable matériel pour des cours de langue, cassettes (eh oui, encore ! mais c’était leur dernier mois) et CD que l’on peut écouter dans une salle audio isolée, des DVD, des collections d’exercices, des annales d’examens, etc. Enfin, une salle informatique où certes les cours peuvent se tenir, mais où les étudiants ont accès à tout, peuvent imprimer et photocopier à volonté. Un peu d’eau dans un distributeur, la presse, les revues, l’actualité culturelle de la ville, que demander de plus ? Les bibliothécaires ont fait des études de germanistique, ce qui leur de guider aisément les étudiants. Nous recevons tous, chaque mois, un grand classeur avec des intercalaire
s où l’on peut classer les innombrables photocopies que donnent les enseignants (déjà perforées…). Les livres de langue sont distribués également. On comprend, dans ces conditions, que le prix des inscriptions soit assez élevé.Peut-être le Goethe-Institut a-t-il d’autres entrées d’argent puisqu’il vend désormais des produits dérivés, présentés dans une vitrine : cahiers de notes, stylos, parapluies, sacoche, sac à dos, tapis à souris, teee-shirt, etc. Il est donc possible de vivre totalement dans l’ambiance Goethe-Institut, il ne manque plus que des sous-vêtements.
Les classes ne dépassent pas, à ma connaissance, une quinzaine de personnes, ce qui influe beaucoup sur la qualité de l’enseignement et sur notre travail. On se connaît très vite, surtout lorsqu’on est inscrit dans un cours « Intensiv 4 » comme moi : quatre heures de cours cinq jours sur sept pendant environ quatre semaines, deux à trois fois plus que ce que font des
étudiants d’un groupe de travaux dirigés sur un semestre universitaire. On se parle pendant les pauses, mais tout est fait par ailleurs pour que les étudiants se fréquentent et découvrent activement la région. Beaucoup sont logés dans un autre immeuble de l’Institut, où ils ont des petites chambres individuelles et des salles communes. Les Zivis organisent surtout une multitude de sorties, qui ont lieu tous les jours. On fait découvrir la ville sous toutes ses facettes : musées, châteaux, expositions, promenades guidées dans le centre, dans les grandes manifestations (Oktoberfest), et ce le matin et l’après-midi pour chacun puisse y participer sans prendre sur les heures de cours. Le week-end, ce sont des excursions plus longues, comme tel monastère de la campagne (Andechs) ou les châteaux de Louis II. Est aussi proposé chaque mois un Weißwurst-Frühstück. Des sorties culturelles à prix raisonnables sont organisées au théâtre, à l’opéra (10 euros). Qui plus est, tous les jeudis, pendant la belle saison (cette fois-ci jusque début octobre), on rassemble ceux qui le veulent dans un Biergarten, toujours le même, puis, à partir d’octobre, dans une Stammtisch d’une brasserie du centre. La Stammtisch est une institutions typiquement allemande : les groupes d’amis, de conscrits, d’exilés, de collègues, d’intérêts communs, réservent une table dans une brasserie ou un bar, à jour fixe, pour se retrouver et deviser en vidant des bières. On comprend que, dans ces conditions, des liens étroits puissent se tisser rapidement entre les étudiants de toutes origines.Car le Goethe-Institut est une vrai Babel. Les couloirs résonnent de dizaines de langues différentes, du mois quand des mêmes nationalités se rencontrent. La langue des échanges est, pendant les pauses, l’anglais pour ceux qui débutent dans l’apprentissage de l’allemand (ceux du premier niveau, Grundstuffe), mais très vite l’allemand, pour ceux des deux niveaux supérieurs. L’allemand devient alors une langue internationale, colorée de d’accents très variés. En deux mois, j’ai ainsi côtoyé au quotidien trois Français, deux Russes, trois Japonais, une Brésilienne, une Suissesse du Tessin, un Mexicain, une Serbe, une Espagnole, un Saoudien, un Omanais,
une Coréenne, un Mexicain, un Hongrois, un Américain, une Polonaise, un Belge flamingant, une Turque, un Tchèque. Mais j’ai entendu beaucoup d’Italiens, de Grecs, une Ukrainienne, un Irlandais, un Roumain… Les accents se mêlent et l’on reconnaît aisément les origines grâce aux défauts de prononciation. Les Français, comme on s’y attend, l’ont exécrable. Ils aplatissent la langue, la ramollissent, lui ôtent la musique. Mais les Japonais nous concurrencent, tant ils sont difficiles à comprendre. D’une part parce que leur réserve (qui n’est pas légendaire) fait qu’ils parlent très peu, ce qui n’aide pas à progresser. Ensuite parce que leur palais est formé par une langue très éloignée ; la confusion entre le « l » et le « r », qui a donné lieu à une scène comique de Lost in Translation, n’est pas une cliché. Je me suis senti plus d’une fois Bill Murray (ce qui n’est pas mal, ma foi). Les néerlandophones, de façon surprenante, sont difficiles à comprendre ; on a l’impression qu’ils parlent allemand avec de la purée dans la bouche (le w sont ainsi prononcé oue).Tous sont curieux, ouverts, aventureux : nombre d’entre eux ont chois de vivre et de travailler ici, de façon permanente ou temporaire, pour l’expérience, ou du moins apprendre plusieurs langues pour progresser dans leurs études, dans leur métier. Tous ne sont pas pour autant faciles d’accès. Il faut du temps pour prétendre avoir une conversation avec les Japonais, mais ils sont d’une courtoisie et d’une élégance de comportement rare. Les Russes sont complexes. J’ai dit en avoir rencontré un drôle et sympathique, mais c’était bien le seul ; on rencontre surtout des jeunes femmes, sophistiquées, hautaines, cachées derrière une épaisse couche de maquillage, superficielles, ignorantes et arrogantes. Moi qui partait avec un a priori très favorable à tout ce qui était de près ou de loin russe, je suis tombé de haut. Il faut croire que la sociologie des Russes qui fréquentent le Goethe Institut est particulière.
Les professeurs se débrouillent admirablement bien de cette diversité. Ils sont là pour nous faire travailler et y parviennent : la masse de travail quotidien avoisin
e les trois heures, pour qui fait simplement ce qui est demandé. Mais il vaut mieux lire les journaux, réviser, faire des exercices supplémentaires, que sais-je encore. Je n’ai eu que deux enseignants, assez différents de tempérament, mais tous les deux passionnants. Les cours sont véritablement interactifs. S’ils savent où ils veulent nous conduire, s’ils s’adaptent en permanence aux questions, qu’ils suscitent, aux réactions, aux erreurs. Le cours a une base, un programme, mais il se construit avec la classe, sans pour autant que les places ne soient confondues. Au total, j’ai rarement autant appris, rarement autant pris plaisir à apprendre – car on rit beaucoup. Quel contraste avec l’enseignement reçu dans le secondaire français, où je me suis mortellement ennuyé ! J’ai même pris du plaisir avec la grammaire, c’est tout dire.Ces fortes person
nalités nous ont accompagné, en fin de mois, dans ce qu’on pourrait appeler des after. Il s’agit à vrai dire d’une tradition, mais qui n’est pas instaurée, une pratique vers laquelle personne ne nous pousse, sinon le désir, à chaque fois, de conclure ce mois par une fête avec le prof. Avec le premier, ce fut une épique soirée à l’Oktoberfest. Monsieur K. (1re, photo de classe et ci-dessus), petit bonhomme en rondeur, toujours souriant, un rien espiègle, tient bien l’alcool (au moins 4 Maß de bières) et doit s’y perdre. On finit par le tutoyer. Monsieu
r H. (2e photo de classe plus haut et ci-contre), grand gaillard venu de Berlin, est plus intimidant, par sa colossale culture, l’énergie débordante qu’il dépense en cours, y compris physiquement en faisant force imitations et gestes pour nous faire rentrer – avec succès – la phonétique dans le crâne. Mais c’est sans doute un des meilleurs enseignants que j’aie rencontrés de ma vie. Bon vivant aussi, il nous entraîné dans une brasserie où il a ses habitudes et il aurait sans doute pu aussi encaisser l’Oktoberfest.Je suis ressorti de là en ayant beaucoup appris, rencontré des gens passionnants et en ayant eu envie d’enseigner autrement. Alors, oui, gloire au Goethe-Institut !