Une nouvelle saison bat son plein, celle des champignons, girolles, cèpes, qui inondent les marchés. Que peut-on faire avec? On peut tout champignonner, mais pour rester dans la "vraie civilisation", autant en faire un risotto:
Pour finir, achevons une autre saison, celle des groseilles à maquereaux, si difficiles à trouver en France, si abondantes ici, traitées en tarte (avec une fraise sur le gâteau). Rare, pas cher et délicieux.
Enfin pour accompagner tout cela, un vin du Palatinat, simple goulayant, mélange de Weißer Burgunder (Pinot blanc) et de chardonnay, à recommander.
Belle saison. Sans soleil, mais belle.
Il m'est arrivé de pester contre le vin rouge allemand: j'ai effet bu ici les pires vins rouge de ma vie. L'ayant dit (avec précautions), j'ai pu éviter les cadeaux. or un ami allemand s'est risqué à nous offrir un vin rouge provenant de sa région d'origine, au nord du Bodensee (le lac de Constance). Nous sommes dans le Bade-Wurtemberg. Les vignobles appartiennent à l'ancienne famille régnante. Le cépage, "spätburgunder", vient donc de Bourgogne: c'est ce que nous appelons un pinot noir. Effet du cépage, du travail, du soleil, je ne sais, ce vin est une bonne surprise. Du fruit, du corps, enfin du vin rouge qui procure du plaisir. Certes simple, mais je puis enfin dire que certains vignerons allemands savent produire un bon vin rouge. Un miracle.
J’étais donc à Würzbourg en février (voir ici). En descendant la colline du Marienberg, on passe entre les vignes. Au début, on salive en pensant à la dégustation future. Puis on remarque le nombre de sarments qui jonchent le sol, les blessures de la vigne. Quel est donc ce massacre, cette taille brutale et sans nuances ?
L’explication vient plus bas. Pour gagner du temps, le gros de la taille est mécanisé. Un petit camion passe sur les pistes. En descend une chenillette, tirée par un câble. Elle passe entre les rangs. Un bras articulé encadre la rangée de ceps et taille automatiquement. Arrivé en bas, la chenillette se retourne et taille l’autre rang. Le câble la remonte sur le camion, qui avance de deux rangs, et l’opération recommence.
Le procédé est à la fois des plus astucieux et assez barbare. On voit bien qu’il économise de la main d’œuvre et du temps. Mais quelle perte par rapport à la taille manuelle ! Et regardez le vigneron des temps modernes… Mais c’est peut-être ce qui permet des prix relativement bas.
Notons un autre détail : l’herbe pousse au pied des ceps, entre les rangs, ce qui montre que l’on ne traite pas massivement. Cette vigne semble être cultivée selon des méthodes biologiques. Un paradoxe bien allemand : la mécanisation et le bio. Le moteur et l’air pur.
Au nord de l’État de Bavière se trouve la Franconie. Ses habitants revendiquent leur propre culture, qui n’est absolument pas bavaroise. Il paraît qu’il existe même des nationalistes franconiens. Je n’en ai pas encore rencontré, mais un séjour de 24 heures dans une seule ville de Franconie, Würzbourg, ne me le permettait évidemment pas.
Voilà encore une ville reconstruite pierre par pierre, après les bombardements très destructeurs de 1945. La cathédrale (Kiliansdom), dont la façade est romane et la nef baroque, avec des morceaux de gothique dedans, n’a plus rien d’authentique, ou peu s’en faut. Idem de l’hôtel de ville, de telle église baroque (le Neumünster)et de bien d’autres bâtiments (ici la Falkenhaus). Il n’empêche, la ville, à cheval sur le Main, encadrée par ses coteaux viticole, a du charme. Un pont a été conservé, une sorte de Pont neuf ou de Pont Charles local, qui conduit à l’imposante forteresse du Marienberg. C’est là que résidèrent les princes-évêques de la ville jusqu’au XVIIe siècle. Passé ces énormes glacis d’époque moderne, on trouve un élégant château, essentiellement de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance. La chapelle circulaire, que voici, est un de petits bijoux du lieu. Mais les princes-évêques de l’âge baroque en avaient assez de cette trop modeste demeure. Ils se firent bâtir à l’opposé de la ville un grand château rococo, la Residenz, un des plus beaux d’Allemagne, classé au patrimoine mondial de l’humanité par qui vous savez. S’il a été bien abîmé pendant la seconde guerre mondiale – au point qu’une aile n’a pu être reconstituée – il a été minutieusement restauré, pierre par pierre, stuc après stuc, glace après glace. Le résultat est stupéfiant, que l’on soit sensible ou non à cet art surchargé. Le clou est la vaste fresque du plafond de l’escalier d’honneur, due à Tiepolo. Je n’en ai que des photos médiocres, volées, prises en bravant l’interdiction d’en faire – sans doute destinée à doper les ventes de livres de la librairie. Une belle visite en vérité, conclue par la dégustation de vins fort agréables, enfin ! J’y reviens bientôt.
La réponse est simple. Certes, on y subit aussi le matraquage de blockbusters en 3D, comme ailleurs. Mais le réseau de cinémas est vaste et l’on peut voir nombre de films en VO (ici OF: Originalfassung), avec tout un dégradé de situations : OmU (Originafassung mit Untertiteln : avec sous-titres, allemands), OmeU (idem, mit englischen Untertiteln : sous-titre anglais, par exemple pour des films asiatiques qui n’ont jamais bénéficié de sous-titres allemands), ou le poétique OoU (Originalfassung ohne Untertitenl), film sans sous-titre, c’est-à-dire toujours en anglais. La maîtrise de l’anglais étant ici très bonne, on peut assez souvent voir des films anglo-saxons en VO intégrale. Même les grandes salles réservent des salles pour des séances OmU ou OoU.
Certains cinémas sont spécialisés dans la VO, comme le délicieusement désuet Theatiner Filmkunst, où l’on peut voir une abondance de films italiens ou français. J’y ai pour ma part découvert le Gainsbourg, vie héroïque de Sfar. Non loin du Deutsches Museum, une autre institution joue ce rôle, le Museum Lichtspiele, qui, avec plus d’un siècle, est le plus vieux cinéma d’Allemagne. (source: http://www.filmfest-muenchen.de/rc/ffm_en/filmfest/isarmeile.asp)
La ville salle a la forme d’un théâtre, avec même des places latérales fort peu pratiques.
D’où deux particularités. Il faut d’abord réserver ses places, selon une pratique très répandue en Allemagne. Pour ce cinéma, c’est indispensable, faute de ne pouvoir y entrer, comme je l’ai expérimenté – un lundi… La seconde est qu’il faut malgré tout arriver très tôt pour avoir les bonnes places, au prix d’une petite lutte un rien sauvage, dont on ne croirait les Allemands capables.
Ailleurs, on peut choisir une partie de la salle (devant, milieu, derrière), et un prix en conséquence. Une autre particularité qui étonnera les Français est la pause d’un quart d’heure qui intervient au milieu d’un film. Il s’agit sans doute d’un héritage de l’époque des changements de bobine, qui s’est institutionnalisée. En réalité, c’est la France qui fait exception : cette pause est aussi usuelle en Suisse et en Grèce, pour ne parler que des pays où je l’ai expérimentée. Ce n’est somme toute qu’un moindre mal si l’on considère le nombre consternant de coupures publicitaires qui interrompent ici les films à la télévision. Le rapport au cinéma est un peu plus différend que le nôtre : j’en veux pour preuve le bruit que font les spectateurs, même lorsque le générique est lancé, et le fait que l’on mange et l’on boit pendant le film, en abandonnant à la fin du film sa bouteille sur le sol ou le siège en sortant de la salle. L’attitude, qui m’a fait bondir la première fois, est normale, attendue : le personnel vient alors ramasser ce qui traîne. Pire: dans nombre de cinémas, même en l'absence de pause, certains spectateurs sortent au milieu du film pour aller aux toilettes, pour acheter à manger et à boire.
Le cinéphile est-il donc malheureux ? Non, car il est un cinéma qui ne pratique pas les coupures et qui offre de très belle rétrospectives. La ville possède un musée municipal, sis en plein centre, dans un vieux bâtiment médiéval, qui abrite aussi un cinéma, le Filmuseum. L’institution joue le même rôle que la cinémathèque à Paris : sauvegarder le patrimoine filmé, offrir des cycles et des rétrospectives, à un prix très abordable – 3 à 5 euros la séance, dans une salle très confortable. En ce moment, c’est une rétrospective Billy Wilder (Certains l’aiment chaud, pour citer le plus célèbre de ses films)qui fait mes délices. Les revoir est un plaisir, les découvrir une grande joie, ainsi le La Garçonnière (The Appartment), délicat, ou de l’hilarant et méconnu One, Two Three.
En parallèle, on peut découvrir les films d’animation du tchèque Karel Zeman (originaux et parfois délirants);
une série « films et psychanalyse », etc. On annonce pour janvier une rétrospective Melville. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, le musée abrite aussi un café animé, chaleureux, où l’on peut manger et boire des petits plats originaux et peu chers. J’y ai même bu un bon vin rouge, c’est dire.
Munich est bien une ville pour cinéphiles. Pour le reste, nobody is perfet.
Au bout de dix jours passés en Grèce, je suis finalement sorti de mon travail pour aller voir si l'Acropole était toujours là. Elle l'est, avec un revenant: le temple d'Athéna Niké (ou plutôt Nikè).
Voilà des années qu'il était démonté, laissant un grand vide à l'entrée de l'Acropole. Et revoilà ce vieil et si gracieux ami qui vient nous séduire à l'entrée de la colline hyper-inspirée. La grâce l'habite, qui nous rend presque supportable la noyade au milieu des groupes de touristes qui piétinent. L'entrée monumentale, les propylées, a été refaite à neuf. Là encore, ça fait lever les yeux et oublier que l'on s'adonne sans joie au tourisme de masse. Un dernier coup d'oeil à Nikè, Encore les yeux au ciel (oui c'est déjà tombé... ça recommencera) Avant de retrouver un autre vieux copain, la star qui n'en finit pas de se refaire lifter, le Parthénon bien sûr. L'on peut ensuite flâner Pour aller rejoindre la modernité, le musée de l'Acropole, qui est descendu Dowtown. Les pervers de tout poil s'y retrouvent soit pour admirer des jeunes hommes nus biensfessus, soit des jeunes Nikè jouant au concours du péplos mouillé, soit profiter des sols de verre, qui peuvent laisser des perspectives intéressantes à qui s'intéresse à la face cachée des choses, comme dit une personne que je connais bien. Non, je n'ai rien vu.
Il ne reste plus qu'à aller satisfaire d'autres vices, en taverne, autour d'un bon vin. Une bon jour en vérité.