Les températures sont bien installées en dessous de zéro. Une fine couche de neige recouvre le ville, régulièrement renouvelée par la poudreuse. On est réveillé vers 6 heures du matin (au boulot !) par les petits chasses-neige de quartier et les gens qui grattent les trottoirs et sablent les rues – ou plutôt les « gravillonnent », car il s’agit d’un gravier très fin plutôt que du sable. Grâce à cela, malgré le froid, la neige et le verglas, la ville est fréquentable. Si le général hiver campe, c’est presque en touriste : il est accueilli et canalisé.

Le « général hiver », déjà invoqué le 14 décembre, a inspiré un commentaire ce même jour : « rappelons nous que c'est le même Général Hiver qui vainquit l'armée allemande à Stalingrad! » dû à un certain Fred Belotti. Ceux qui regardent les commentaires (y en a-t-il ?) ont dû trouver tout cela mystérieux. Derrière ce pseudo se cache un de mes plus vieux amis, Fred, qui tient aussi un blog, où il donne des nouvelles de sa famille, qui ne cesse de s’agrandir. Il y a expliqué l’anecdote qui éclaire ce commentaire (le 20 décembre, « My left foot », vers le milieu du post). Pour résumer : nous avions en terminale un professeur d’histoire pitoyable, un certain M. Belotti, qui se contentait de lire ou de résumer des fiches d’aide-mémoire d’u
n « grand » éditeur (Bordas ?). Il ne savait pas quel général allemand était le général hiver… Il a un jour demandé à un élève ses notes de cours de l’an passé, pour s’en inspirer. C’est sans doute le plus mauvais enseignant que j’aie rencontré : veule, médiocre, fainéant… Un physique à la Besson ; ou plutôt un Besson mou. Croisé avec un Monsieur Hulot dépourvu d’humour et de poésie. Nous rions rien qu’en le voyant ouvrir la porte, cassé en deux, les yeux presque au niveau du trou de la serrure, les lèvres pincées, se battant avec les clés. Ayant vite constaté que nous perdions notre temps, nous faisons nos devoirs en cours, même moi, le passionné d’histoire, je faisais des maths ou autre de chose de plus palpitant. Il le constatait mais n’en pouvait mais ; je crois qu’il se limitait à nous dire de ne pas le faire. Une fois, l’un d’entre nous est sortit de la salle par la fenêtre – nous étions au rez-de-chaussée – juste pour le provoquer. La réponse suivit, molle : « il… il ne faut poâ sortir par les fenêêtres ». Et c’est tout. Un autre jour, il nous passait un film. Le film peut être un outil pédagogique formidable, mais, chez lui (comme chez beaucoup d’enseignants), c’était juste un moyen de ne pas faire cours. L
e film est sorti de la bobine ; il s’est emmêlé dedans, les pieds, les mains dans le film dévidé et nous sommes partis, très en avance, par petits groupes, en le saluant, le sourire aux lèvres, mais en le laissant dans la panade, en train de détruire un film.
L’année était apparemment fichue. Or, c’était l’année du bac. Le proviseur nous avait à la bonne et à l’oeil, lui qui venait en classe nous tancer, lorsque les résultats n’étaient pas assez bons : nous devions alors absorber les mathématiques que nous délivrait notre (excellente) prof, Madame Jacob, « comme on tête à une théïère ». Il ne devait pas souvent boire du thé. Mais il trouva la solution : un autre professeur d’histoire, M. Streïff, que nous avions eu en première, se dévoua pour nous donner l’essentiel en quelques cours, comme toujours brillants. Grâce lui soit rendue, il nous a laissé quantité de bons souvenirs, hui ! (selon son interjection favorite).
n « grand » éditeur (Bordas ?). Il ne savait pas quel général allemand était le général hiver… Il a un jour demandé à un élève ses notes de cours de l’an passé, pour s’en inspirer. C’est sans doute le plus mauvais enseignant que j’aie rencontré : veule, médiocre, fainéant… Un physique à la Besson ; ou plutôt un Besson mou. Croisé avec un Monsieur Hulot dépourvu d’humour et de poésie. Nous rions rien qu’en le voyant ouvrir la porte, cassé en deux, les yeux presque au niveau du trou de la serrure, les lèvres pincées, se battant avec les clés. Ayant vite constaté que nous perdions notre temps, nous faisons nos devoirs en cours, même moi, le passionné d’histoire, je faisais des maths ou autre de chose de plus palpitant. Il le constatait mais n’en pouvait mais ; je crois qu’il se limitait à nous dire de ne pas le faire. Une fois, l’un d’entre nous est sortit de la salle par la fenêtre – nous étions au rez-de-chaussée – juste pour le provoquer. La réponse suivit, molle : « il… il ne faut poâ sortir par les fenêêtres ». Et c’est tout. Un autre jour, il nous passait un film. Le film peut être un outil pédagogique formidable, mais, chez lui (comme chez beaucoup d’enseignants), c’était juste un moyen de ne pas faire cours. L
e film est sorti de la bobine ; il s’est emmêlé dedans, les pieds, les mains dans le film dévidé et nous sommes partis, très en avance, par petits groupes, en le saluant, le sourire aux lèvres, mais en le laissant dans la panade, en train de détruire un film.L’année était apparemment fichue. Or, c’était l’année du bac. Le proviseur nous avait à la bonne et à l’oeil, lui qui venait en classe nous tancer, lorsque les résultats n’étaient pas assez bons : nous devions alors absorber les mathématiques que nous délivrait notre (excellente) prof, Madame Jacob, « comme on tête à une théïère ». Il ne devait pas souvent boire du thé. Mais il trouva la solution : un autre professeur d’histoire, M. Streïff, que nous avions eu en première, se dévoua pour nous donner l’essentiel en quelques cours, comme toujours brillants. Grâce lui soit rendue, il nous a laissé quantité de bons souvenirs, hui ! (selon son interjection favorite).

Nous étions sans indulgence avec M. Belotti. Et encore ! Chaque enseignant sait à quel point une classe peut être une meute : nous n’avons été au fond pas bien cruels. Pour ma part, j’avais même pitié de ce pauvre bougre. Je me suis toujours demandé comment il se regardait, à quel point il se rendait compte du mépris dans lequel il était tenu. Il nous disait qu’il allait devenir professeur en université et suscitait ainsi nos sarcasmes. Nous pensions que l’université ne voudrait pas de quelqu’un déjà nul dans le secondaire. Je sais désormais que les choses sont bien moins simples.
Mais j’ai souvent pensé à lui dans la suite de mes études et aux débuts
de ma vie professionnelle. Avec une forme d’angoisse : serais-je capable de ne pas être une sorte de Belotti dans les yeux de mes élèves de collège ? « Belotti, sors de ce corps! » Moi qui y suis (très brièvement) passé, en songeant déjà à enseigner à l’université, j’avais du mal à dire mes souhaits, ou mes rêves, sans penser à Belotti qui avait les mêmes. Il va de soit que je n’en ai pas touché un mot aux élèves, qui ne me rendaient pas la vie facile, sauf le jour où justement je suis parti pour l’université. L’enseignement secondaire est bien plus difficile que le supérieur ! Mais Belotti m’a servi de modèle-repoussoir, au cas où j’en aie eu besoin. Je n’ai jamais réussi à savoir si sa prétention le rendait aveugle face à sa nullité ou s’il retirait de la souffrance de la situation. Mais, s'il n’était responsable ni de sa nullité, ni de son manque d’autorité, ni de sa veulerie, il ne pouvait pas ne pas savoir qu’il ne travaillait pas. Sur ce, je retourne travailler, on ne sait jamais.






