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lundi 12 septembre 2011

Chez les nudistes au bord du lac

Dimanche, le soleil était encore là et nous décidâmes d’aller visiter de nouveaux lacs bavarois, les petits lacs situés au sud du Starnbergersee, le Fohnsee (la classe) et l’Ostersee. Entourés de roseaux, de prés et de forêts, ce sont des havres de paix. Le chemin serpente sous les bois, au bord de l’eau, ou plus haut, entre les animaux qui paissent, laissant, par de larges trouées, les Alpes de Bavière pointer fièrement à l’horizon. Les prés sont verts et gras. La zone est protégée (Naturschutzgebiet), sauf en quelques endroits où l’on peut se baigner dans une eau très pure. Le public, très familial, se dore sous les parasols ou pépie dans l’eau. Voilà un homme qui se change, tranquille comme Baptiste, sans serviette. Nous pouvons admirer ses fesses. La scène se reproduira plusieurs fois. Combien ? Quant on aime, on ne compte pas.
Le chemin passe au bord de l’eau, entre les serviettes de plage et les parasols. On voit des corps blancs, parfois rougis. Des petits, des grands, des gras. Des seins nus, de ci, de là. Voici une dame, allongée au-dessus du chemin bien fréquenté, dans la tenue d’Eve, qui nous fait admirer son ticket de métro. Deux mères plus loin, c’est un homme qui nous offre une superbe perspective sur ses testicules rasées. Un autre, debout, est le ventre et le service trois pièces en avant. Un camp de nudistes ? Non, des Allemands normaux ; d’autres sont ne maillot de bain. En chemisette, on a l’impression d’avoir mis un manteau à la piscine.

C’est çà le Naturschutzgebiet (je résiste à la rime française…). Tout est naturel.

Pour se remettre de ses émotions, il fallait prendre un peu de hauteur, le soir, au-dessus du Starnbergersee lui-même, pour prendre un petit repas à l’auberge (Fortshaus) de l’Ilkahöhe, pendant que le soleil se couchait, chassé par les nuages noir, qui viennent de l’ouest et, en effet, colorent les lacs…

samedi 27 août 2011

P... Deux ans !

Mon boulot de dans deux ans, c’est pour bientôt. Me voici déjà, aujourd’hui, à Munich depuis deux ans. La seconde année m’a parue encore plus courte que la première (ici). Le sable file entre les mains, mais il y fait encore chaud.

La première, c’était la découverte, l’enchantement. La seconde, l’enracinement, le retour des saisons, les douces habitudes, les surprise des différences – cet hiver qui a commencé si fort et a fondu lamentablement, ce printemps resplendissant, cet été malade. Je ne vais pas refaire un bilan, qui viendra bien assez tôt. Il est inutile de redire que j’ai goûté de nouveau ce que j’ai aimé déjà l’an passé. Des bières, de saison. Des lacs : mais des nouveaux, pour moi, le Tegernsee, le Chiemsee et l’altier Königsee (). Des gâteaux, oh des gâteaux, que de gâteaux ! Le cinéma du Filmmuseum. Des endroits gourmands dont je n’ai guère le temps de parler. Tant d’amis, de membres de la famille qui sont passés. Des fêtes, oh que de fêtes ! J’exagère : j’ai travaillé bien plus encore que l’an passé et mes nuits ont souvent vu la lampe de bureau, penchée sur les papiers, face à l’ordinateur, son reflet dans un verre ou à la surface du thé tiède, que j’ai oublié, concentré que j’étais. Mais tout de même, ce furent les soirées Tour de France (), juste trois fois, à ce qu’il me semble, assez pour s’amuser sans se droguer.

Des découvertes, de touriste, comme la délicieuse Regensburg. Les petites églises de la campagne bavaroise, notamment dans le Chiemgau, médiévales parfois, cocons baroques souvent.
Le cinéma en plein air (là) : après l'Olympiapark - une belle découverte - encore la semaine dernière dans le théâtre en plein air du Westpark, que je recommande chaudement à tous les Munichois, tant l’ambiance y est agréable, même lorsqu’il pleut. Les Allemands transportent la Gemütlichkeit avec eux.

Il y a aussi tout ce dont je voulais parler ici et dont je ne tirerai pas une note de blog, faute de temps. Comme le Deutsches Museum, que j’adore pour ses bateaux, ses avions, cet empilement d’objets, d’explications, de véhicules, et surtout pour la joie de mes neveux lorsqu’ils y sont. Bon, je vous livre quand même ma voiture.

Vaut également le détour la Residenz, le palais ducal puis royal, un dédale de salles Renaissance et baroque avec un bijou, encore une fois intégralement reconstruit à l’identique, le théâtre rococo Cuvillé, où j’étais allé écouter un (fort beau) concert de piano en janvier. La villa Stuck, la villa art nouveau (Jugendstill) de Munich, où il y avait une exposition d’objets art nouveau, issus de collections particulières, comme des vases Émile Gallé, des meubles de Nancy, provenant de toute l’Europe. On comprend que Munich était aussi un centre de l’art nouveau, mais sans l’effervescence et l’exubérance de Paris, de Bruxelles, de Nancy ou de Vienne. Un art nouveau plus géométrique, plus sage, plus massif. Allemand.

Outre l'air frais pris en Italie et en Suisse, cette année vit les retrouvailles avec Salzbourg, la ville qui enchanta mon adolescence et ne me déçut pas.

Tout cela se bouscule, tout cela et tant de petites choses, de petits détails qui révèlent Munich, les Bavarois et les Allemands, qui m’amusent, me charment ou m’agacent. Tout ce qui fait que je suis bien ici, et bien entouré.

Mais voilà, je retourne à mes papiers, je remets mon cerveau en route. Je travaille. Je reviendrai chez moi un peu cotonneux, dans le bus de nuit, entre les minets gominés et les blondes interminables, tous éméchés et bruyants, qui sortent des boîtes de nuit. Je mettrai de la musique dans mes oreilles, pour glisser avec le bus, doucement, avec un peu de mélancolie, mais le sourire aux lèvres.

dimanche 14 août 2011

Des ronds dans l'eau


En route vers un lieu dont je parlerai bientôt, je suis allé faire un tour vers une des perles de la Bavière, le Königsee, blotti dans un angle du pays, au sud de Berchtesgaden (où çà?). C'est un Naturschutzgebiet et les voitures n'y accèdent pas. Le lieu est néanmoins couru et l'on a dû aménager un vaste parking non loin de là, qui s'étend parfois dans les prés et donne l'occasion aux touristes de tremper leurs tongs dans la bouse et de chanter, "on dirait qu' çà t'gêne, de marcher dans la bouse..."

Le piéton peut marcher; le touriste contemplatif et fainéant tenter de prendre place sur un des nombreux petits bateaux qui font le tour du lac; le contemplatif et courageux loue une barque.

On s'éloigne vite du petit port, en tentant d'aller droit malgré le déséquilibre entre les muscles du côté droit et ceux du côté gauche, qui se fait sentir sur la direction. Entre les falaises et les sapins, on avance lentement, comme sur une longue piste, le lac, tout en longueur, ne se découvre que peu à peu, comme par pudeur. Au loin, le fond, là-bas, a l'air très beau.
Mais c'est un peu loin pour des abonnés à la bibliothèque et non au Fitness-Centre. On prend alors le temps de vivre, de laisser la barque dériver. D'écouter l'autre ramer. La cadence fait se ressouvenir de ce poème de Lamartine, Le lac. Ressouvenir, c'est un bien grand mot, pas un vers ne sort. Plutôt un vague souvenir d'ennui respectueux. Ou d'adolescent hermétique à la poésie?

Peu importe, ramons, on est bien et l'étape suivante est prometteuse.

samedi 30 avril 2011

Retour au lac

Je n’y étais pas allé depuis novembre 2009, une éternité. Grâce à une visite familiale, j’ai pris le chemin du pays des cinq lacs (en 2009 : ici), en l’occurrence celui du Starnbergersee. L’endroit est connu pour abriter parmi les plus grosses fortunes d’Allemagne – qui ont donc parfois bon goût… Le printemps poussait tout juste les bourgeons et les arbres semblaient encore nus au-dessus du lacs. Parfois, ils dessinent d’étranges lignes, avec les roseaux comme une grille plantée dans l’eau. Il y régnait un grand calme. Les bateaux ne sillonnaient pas encore la surface du lac, limpide, laissée aux canards, aux oies, aux poules d’eau et aux cygnes.
De temps en temps, sur un ponton ou un piquet, on remarque des mouettes et l’on se croit au bord de la mer.
Plus haut, lorsque l'on monte de quelques centaines de mètres, le vert éclatant des prés fait contraste avec les Alpes, bleues, grises et blanches dans le lointain. Et l’odeur de fumier avec le goût des inévitables gâteaux.





lundi 8 novembre 2010

Marcher dans la boue, sans gêne… (au Tegernsee)

L’automne est moins arrosé qu’il ne semblait devoir l’être. Le week-end en Chiemgau n’était pas le seul à être ensoleillé : le 30 octobre dernier, j’ai pu bénéficier avec une amie de quelques rayons pour découvrir un autre lac, le Tegernesee. On le rejoint par une heure de trajet d’un train très, très tranquille.

La bourgade qui porte le même nom rassemble, dans un entrelacs de ruelles paisibles, des maisons cossues, très soignées, souvent richement décorées. Tegernesse est un des endroits de Bavière où les fortunes vont prendre l’air et les eaux. On les comprend. Le soleil bas illumine les arbres dorés qui se mirent dans le lac. On y trouve naturellement un château, un ancien monastère sécularisé au début du XIXe siècle, pourvu, comme il se doit, d’une église baroque.

Nous n’étions pas là pour humer l’air frais et le parfum peu discret de la haute bourgeoisie, mais plutôt pour faire travailler les mollets sur les montagnes qui dominent le lac et lui constituent un écrin. Nous montons donc sur un des innombrables sentiers qui partent de la bourgade, en quittant peu à peu les villas prospères et les hôtels luxueux. Le sentier serpente dans un sous-bois où les feuilles ocre, brunes et rousses filtrent la lumière. Le soleil aide les troncs des bouleaux puis des sapins, vastes colonnes, à s’élancer vers le ciel. En approchant des mille mètres, nous rencontrons peu à peu des plaques de neige, là où le soleil a du mal à faire darder ses rayons. Les plaques se transforment en champs de neige, et le randonneur en gamin. Le sentier nous conduit vers un chalet de montagne qui fait office de restaurant d’altitude – on n’ose dire refuge, tant la nourriture est copieuse et l’affluence impressionnante. C’est une vraie brasserie, où l’on boit la Tegernsee, la bière locale, en admirant le reflet des sommets dans le lac.

L’on monte encore quelques mètres, pour admirer la vue, dans la neige. Le sommet du trajet est constitué par une butte exposée au nord, qui a donc gardé son manteau blanc. Nous y montons, avec peine, car le redoux la transforme en mélasse. Quand elle est fondue, elle fait apparaître des prés détrempés par l’humidité et par le piétinement des vaches. Ouh, la gadoue ! Les chaussures en sont pleines et finiront bien brunes de boue.

Comme toujours, l’effort est récompensé. Là haut, c’est un retable médiéval qui vous accueille, avec cet immense Christ sur fond de sommets et de nuages. Nous goûtons la vue.

Puis il faut poursuivre le chemin, floc !, ploutch ! C’est « matschig » comme on dit ici, et il faut à chaque pas lutter contre la chute. La descente en devient bien longue. Les heures passent. Nous admirons le soleil se coucher progressivement, découper des plans dans le lointain, caresser les nuages. Mais nous finirons, boueux, le chemin dans la nuit noire. Le chic ne passera pas par moi.

*

Les jarrets d’aciers trouveront bien d’autres photos ici.