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mardi 22 février 2011

Le retour du flocon

La parenthèse printanière () a peu duré, mais elle s'est répétée deux fois. Le général H., sorti de sa torpeur, a poussé un cri, s'est rendormi, puis est revenu nous mitrailler de flocons. Il a ensuite fait une petite pause d'un mois, mais le ciel était néanmoins bien bas. La mitraille a recommencé avant-hier...
Lorsque je ne suis pas avec Hadwiga (ici), je peux regarder par la fenêtre de mon bureau la neige qui tombe sur les toits. Elle s’accumule sur l’arbre de la cour en contrebas. L’arbre grossit, grossit…
Ces photos sont un peu anciennes. Aujourd'hui, il y a moins de neige, il gèle, simplement. C’est toujours mieux que la pluie, si ce n’était que les flocons et la glace appellent, comme par un réflexe pavlovien le retour de…

Motorhead ! (pour le début, c’est ici, puis et ).

Les Hausmeister s’amusent comme des petits fous (!) à racler de la pelle et du micro-chasse-neige. Les imprudents grillent leurs moteurs à vouloir franchir matutinalement les congères que les chasse-neiges ont édifiées entre les voitures et la voie. Le réveil sonne bien tôt… A moins de se prémunir contre le bruit.

Comme dit le proverbe munichois : dehors les flocons, dans les oreilles les bouchons.
Plop.

samedi 4 décembre 2010

En vrac : tout est glacial, l’hiver, le rock et ceux qui s’en vont

L’Hiver contre-attaque

La semaine passé, j’ai ironisé sur l’arrivée certes précoce, mais mollassonne de l’hiver. Bien mal m’en a pris. Depuis huit jours, le général hiver a montré qu’il n’aime pas la provocation. Il neige abondamment, les températures se traînent largement en dessous de zéro et il faut se déplacer avec moultes précautions, sur la neige gelée et la poudreuse qui la recouvre. Les transports en commun sont très perturbés, les voitures patinent et se meuvent comme de gros mammouths maladroits. Mais tout cela concorde aussi à installer un climat de Noël, incite à visiter avec une âme d’enfant les marchés du même nom et à s’extasier lorsque la lumière fait scintiller le manteau blanc.

*

Noir Désir est mort

Le plus grand groupe de rock français de l’histoire vient de se dissoudre mardi. Les histoires d’a. finissent mal en général… Mais c’est au fond la seconde mort de Noir Désir : le groupe est déjà mort en 2003. Par une mort brutale.

*

S’en aller par le S-Bahn

En matière de langue, il n’y a qu’une manière de progresser : parler, parler encore et toujours. Une des meilleures façons de le faire est de constituer un tandem avec une personne souhaitant faire de même dans votre langue maternelle. Beaucoup de personnes apprennent le Français à Munich, mais j’ai mis du temps à trouver un Tandempartner, en l’occurrence une Tandempartnerin, Birgit. Nous nous sommes vus pour la première fois vendredi 26 novembre dernier. Trois heures durant, nous avons parlé soit allemand, soit français, nous corrigeant mutuellement. Si son visage était marqué par une certaine tristesse, nous avons aussi beaucoup ri, parlé des semaines à venir, de ce que nous ferions. Elle tâchait d’achever une thèse de psychanalyse, tout en vivotant de petits boulots. Rendez-vous était pris cette semaine.

Birgit s’est jetée sous le S-Bahn le lendemain. Un suicide décidé, mais auquel ses proches ne parviennent pas à trouver de vraie raison. Elle en avait assez, a-t-elle écrit. C’est tout. Dans la nuit qui tombe dès 17 heures, on imagine aisément sa solitude, dans la ville envahie par le froid, mais aussi par les gens empressés de faire leurs achats de Noël, au milieu des lampions, des bougies et des guirlandes. Noël, c’était Noël autour d’elle qui marchait vers les quais.

Cette mort me hante et me glace.

mercredi 24 novembre 2010

Le général hiver, saison 2 : (1) il se la coule douce



Voici les premiers flocons ! Un mois plus tard que l’an passé (ici ). L’automne est pourtant bien moins clément qu’en 2009. Sauf exceptions (ici ou ), il est froid et humide, mais jusqu’à cette nuit, sans neige sur la ville. Chaque semaine, on ajoute une pelure d’oignon pour sortir, mais on ne prend pas garde à mettre des chaussures tout terrain. Le froid est cependant descendu assez bas pour qu’il neige cette nuit et un petit peu encore aujourd’hui. Une fine couche recouvre les voitures.

Mais elle est bien mince et, à 8 heures, elle fondait déjà, ne laissant que de petits restes. Ils ont presque disparu. Voilà un bien timide général hiver ! Faut-il en conclure que l’hiver sera doux ?

Que nenni ! Je lis sur le blog d’une journaliste qui vit à Berlin (dont je reparlerai : ici) que les Russes prévoient que cet hiver sera le pire du siècle – passé bien sûr. (Évitez les sarcasmes sur le réchauffement de la planète : la moyenne des températures du globe a été, pour la période janvier-octobre 2010, la plus élevée du siècle.) Bild, le journal à sensation qui aime nous faire peur, le confirme (ici) et revient à la charge (). Mais comment donc le savent-ils ces Russes ? La vodka aurait-elle commencé à geler en Sibérie ? C’est peu probable, l’alcool ne gèle qu’à -114°.

Vous lirez sur Bild et ailleurs les explications scientifiques. Je me demande si ce n’est pas un mauvais coup des Tchouktches ou des Yakoutes (non, ils ne sont pas Bulgares). Ils tromperaient le Russe de la toundra (parce que le chaman) comme naguère l’Indien du grand nord canadien avait trompé le trappeur blanc. Ce dernier se préparait à l’hiver en coupant du bois. Mais il voulait ajuster la quantité de bois coupée à la rigueur éventuelle de l’hiver. Il alla interroger un indien voisin, confiant en sa sagesse ancestrale et en sa connaissance de la nature : « l’hiver sera-t-il rude ? ». « Oui », répondit le Huron. Le trappeur se remet alors à couper du bois avec entrain. Mais combien faudra-t-il en couper en plus ? « Rude », c’est bien vague. Il retourne interroger son Indien : « à quel point l’hiver sera-t-il froid » ? « Oh, très froid, je pense ». Et le trappeur de recouper, recouper. Et de se poser la même question : jusqu’à quand couper ? Interrogeons l’indien si savant. « Très, très froid, l’hiver sera » répondit Yoda. « Mince ! » s’exclama le trappeur qui repartit de plus belle abattre des arbres et les débiter en rondins, puis en bûches. Épuisé, il se demande s’il peut s’arrêter et interroge à nouveau l’Indien qui répond que l’hiver sera terrible. Le trappeur coupa à s’en faire éclater les paumes des mains et coupa tant de bûches que sa maison disparu derrière elles. À bout de forces, il rampa vers l’Indien, pour savoir si cela suffisait. Celui-ci lui répondit « Le plus froid du siècle, l’hiver sera ». Désespéré, le trappeur lui demanda comment il pouvait effectuer cette prévision. « Simple cela est. Quand visage pâle couper bois, froid hiver sera ».
Alors, les prévisions russes… Sur ce, je vais m’acheter des pulls. On ne sait jamais.

dimanche 31 octobre 2010

Là haut, il neige

Le train file dans la campagne bavaroise, m’emmenant vers la Suisse. Le soleil brille à nouveau. C’est toujours ainsi : il brille quand on est enfermé dans las wagons et la pluie vient vous cueillir à la gare. Mais il en profite, le bougre ! Il flâne, il serpente, il sort de l’itinéraire programmé pour aller faire des méandres dans l’Allgäu, via Kempten. Je retrouve mes vaches locales, les petites brunes adaptées à la montagne.

Des vallons s’élèvent, les collines se transforment en montagne ; et voilà la neige qui apparaît, bien bas.

Il a dû neiger vers 800 mètres, au moins, et elle tient. La voie louvoie le long de petits lacs, d’aspect déjà sévère.L’automne est arrivé brutalement et les feuilles ne se sont pas attardées : l’hiver approche.

Plus on s’élève, plus la blancheur gagne du terrain. Nous traversons des villages enneigés, où les congères bordent déjà les rues. Nous sommes ici en hiver et l’on voit la ligne des remonte-pentes qui donnent envie de chausser des skis.

Mais le pépère finir bien par redescendre, vers Lindau, porte de la Bavière sur le Bodensee – que les Français nomment Lac de Constance.

Ce magnifique lac, dominé par des arbres fruitiers qui s’étendent presque à perte de vue, reste quant à lui dans un automne encore mordoré.

La saison est toujours affaire de géographie.

*

Post-scriptum : le détour effectué par le train n’avait pas été annoncé, malgré la demi-heure de retard qu’il eut pour conséquences. Le train laissa les voyageurs se débrouiller avec leurs correspondances. La ponctualité comme l’efficacité allemandes ont aussi leurs limites et une part de légende.

jeudi 26 août 2010

Un an


Un an jour pour jour que je suis installé à Munich. Pas encore un an de blog, mais cela viendra et toutes les occasions de fêter un anniversaire sont bonnes. Le bilan? Si j'écris "globalement positif", le lecteur un peu lettré ou un tantinet midlife, comme on dit ici et ailleurs, comprendra que je suis effondré et que le blog est une façade peu réaliste qui cache un sombre échec. Alors, non: totalement positif.

Munich m'a immédiatement déclaré sa flamme et je me suis vite laissé faire... Certes, il a fallu affronter un appartement à la décoration hasardeuse - ou alors, simplement: allemande? C'est le risque des meublés. Mais celui-ci a les avantages de ses défauts: il est pratique, bien organisé, calme et on peut tout de même cacher dans un placard les pires horreurs. Quant aux fenêtres, elles m'ont vite mises en présence des écureuils qui sautent dans les arbres sur lesquels elles donnent.

Il y un an, un siècle, une éternité, c'est l'été indien qui m'accueillit et se prolongea jusqu'en novembre. Oserais-je écrire, en vil plagiaire: tu sais, cher lecteur, que je n'ai jamais été aussi heureux que ce matin-là? Quel matin? Mais tous, voyons! Je nageais donc dans le bonheur comme aujourd'hui dans le petit Dassin.
Il n'avait pas encore neigé sur les lacs, Starnbergersee, Ammersee, où je suis allé comme les Parisiens vont au Luxembourg ou aux Buttes-Chaumont, mais pour y voir un autre spectacle, respirer, admirer les Alpes ou parcourir les forêts mordorées.
Le soleil illuminait encore le Viktualienmarkt en novembre, où l'on pouvait toujours fréquenter son Biergarten.
Idéal pour la Weisswurst, plat simple qui n'a déçu personne et que j'ai définitivement adopté.
Au rayon fort encombré des bons souvenirs, il y aurait bien sûr la magie de Noël dans cette ville illuminée et enneigée, un paradis pour les enfants et les enfants attardés, les adultes que la vie n'a pas trop cassé...
Aussi, après quelques réticences, le séjour-découverte dans les Müllers Volksbad, plouf plouf à poil (et si j'y retournais?).
Mais n'oublions pas les formidables cours de langue, la séduisante Heidelberg, la passionnante Berlinles sorties, la musique, la facilité de la vie, j'en passe et des meilleures!

Il n'y aurait rien à redire? Certes non, tout ne fut pas facile et il fallut affronter bien des épreuves.
En premier lieu le Général hiver, qui, s'il se fit attendre, n'hésita pas à rester plus que de raison: quatre mois d'un hiver un poil trop long (or, je n'en suis pas trop pourvu - de poils)
Mais il fallu aussi affronter de redoutables personnages, parfois sur véhicules, parfois à pied, mais dotés de considérables pouvoirs de nuisance
Celle-ci n'est-elle pas la plus dangereuse?
La lutte était parfois quotidienne, quand ces horribles images venaient vous inviter à commettre tous les excès, "mangez-moi, mangez-moi!"
Ne suis-je pas allé jusqu'à goûter le camembert frit?
Ne fallut-il pas, en bon ethnologue, affronter les terribles épreuves de l'Oktoberfest?
(par respect pour sa vie privée, nous avons masqué les yeux de cette malheureuse victime ).
Pire encore, quand la saison fut venue (et la bise pas du tout partue), avec bière de mars attaque!
Pendant ce temps, les Motörhead venaient vous réveiller à cinq heures, Munich s'éveille, je n'ai pas sommeil - si!
Que penser également de l'attraction qu'exercent sur l'étranger installeé à (presque) demeure les Trachten, ces élégants vêtements traditionnels? Plusieurs amis ont craqué, les malheureux, et s'en sont achetés; je résiste encore et toujours à la culotte de peau. Quelle vaillance!

Certes, ce fut plus dur face au vin, mais ma consommation fut somme toute modérée.
C'est qu'il en faut plus pour émousser mon ardeur au combat; toutes ces épreuves furent affrontées de pied ferme, l'œil vif et la main sûre.

Alors, vous reprendriez bien un an de Munich? Plutôt deux fois qu'une!

jeudi 3 juin 2010

Au bureau

Assez parlé de la Grèce ou des attraits touristiques et culinaires de Munich, soyons sérieux. Car il en est qui croient que je suis ici en vacances. Que nenni, je passe le plus clair de mes journées dans un bureau du quartier de l’université (la « LMU »), dans un centre de recherches, sur une cour intérieure – ici sous la neige.La vue, depuis là-haut, ne manque pas de charme, surtout en hiver, comme vous le constatez sur cette photo.
Au passage, admirez la technique pour se débarrasser de la neige en excès par-dessus la haie.
Allez, encore une pour la route.

Mais vous risquez là encore de croire que je passe mon temps à rêvasser devant ma fenêtre. Or, mon bureau est rempli de livres de travail, les miens ainsi que ceux que j’emprunte à longueur de journée en bibliothèque, mais aussi de dossiers, de papiers, de photocopies.
Je suis connecté au reste du monde par Internet, et suis sans téléphone fixe, ce qui est un gage de tranquillité. Ayant la clé de l’endroit, je puis y travailler 24 heures sur 24 en toute quiétude – pour le moment je n’ai pas dépassé minuit.
Un bureau en accès libre, dans une vraie bibliothèque, voilà un luxe qui nous est interdit dans l’université française : je n'en ai jamais eu et n’en aurai probablement jamais à mon retour en France. Je goûte donc ce plaisir de travailler dans de bonnes conditions. Aussi mon bureau me voit-il très souvent et ais-je encore plus de plaisir à y être qu’à boire une Weissbier.

vendredi 12 mars 2010

Motörhead, la chute

Ces dernières semaines, il m'est arrivé d'ironiser sur la horde des gratteurs-pousseurs de neige & autres épandeurs de gravier qui viennent ici vous tirer du lit bien avant l'aube. (ici et ) Ils doivent lire ce blog, car je fus puni de mes sarcasmes.
La neige s'est remise à tomber dans la nuit d'hier, jusqu'au soir. Mais point de bruit de moteur ou de raclement de pelle à neige, rien: il était enfin possible de dormir au petit matin. Pour une raison que j'ignore, tous ces gens ne sont sont mis au travail que vers 9 h30, voire 10 heures. Une bonne couche de poudreuse recouvrait tout. Y compris les plaques de glace laissées par la neige des jours précédents, à moitié fondue le jour, totalement gelée la nuit. Tout étant blanc, immaculé, je suis sorti de chez moi guilleret et plein d'entrain. Le jardin fut traversé d'un pas alerte, avant que je ne juge plus amusant de faire un double salto arrière sur la chaussée, en prenant appui sur une (invisible) plaque de glace et en me recevant avec élégance, et en musique, sur le dos. Note du jury?
Ce matin, ils m'ont réveillé à heures et j'ai eu du mal à râler.
Pour la peine, je m'astreint à quelques minutes de Motörhead:

Un peu de bruit en plus, c'est çà la pénitence:


Le blog prends une tournure plus musicale, si l'on peut dire.

*
Les chiffres n'ont aucune valeur, mais je m'aperçois qu'en même temps que je franchissais la barre des 50 notes, vous dépassiez celle des 500 visites. Ce blog a donc 10 lecteurs...

dimanche 7 mars 2010

Le général hiver se dore la pilule


Lorsque le soleil se lève et vient comme aujourd'hui la neige, c'est magique et l'on pardonne à l'hiver de camper ici depuis maintenant trois mois.


On nous promet du soleil et du gel, jusqu'à moins dix. Pour le froid, je n'aurai aucune difficulté à rester enfermé en bibliothèque, mais avec le soleil, qui n'aurait pas envie d'aller se secouer sur les planches?

Le retour de le général hiver

Elle était là depuis la mi-décembre. Depuis deux mois et demi, elle faisait partie de notre univers, avec le ciel blanc et laiteux, couvercle au-dessus de nos têtes enchapeautées. La neige avait pourtant fini par fondre, emportée par le redoux qui poussa, ô surprise, jusqu’à près de 12°. Nous en arrivions à manger dehors le midi, assis au soleil, sur une des innombrables terrasses que compte la ville. S’il faisait un peu frais, on se recouvrait d’une couverture qui sont partout mises à notre disposition. On commençait à percevoir çà et là des petites fleurs, comme un parfum de printemps qui se glissait à tapons, au pied des arbres, sur les toits, et poussait les oiseaux à assurer gaiement la musique urbaine. On rouvrit les Biergarten, fleurons de la vie estivale.

Patatras ! Le froid l’a annoncé et la voici, la tempête de neige qui déferle depuis les Alpes en riant grassement de nos humeurs printanières. En moins de 24 heures, la ville est à nouveau recouverte d’un manteau blanc. On ressort les grosses chaussures, les bonnets et les gants fourrés. Sur le Viktualienmarkt, recouverts d’une pellicule de poudreuse, les alignements de tables et de bancs témoignent de l’ouverture prématurée de son Biergarten.

Du coup, il est assez bon de rester chez soi la neige balayer les arbres, les gens courbés sous la bourrasque et les malheureuses mésanges qui auraient dû écouter les prévisions météo.

Bien entendu, qui dit neige, dit nouvel épisode de motörhead, le général hiver étant accompagné de ses chars d’assaut, les vroum, vroum, les chasses-neige.