Les conservateurs de France et d’Allemagne sont dans la panade après les élections de dimanche dernier. De ce côté du Rhin, Merkel fait la grimace. Mais encore plus les libéraux du FDP, exclus désormais de certains parlements pour n’avoir pas atteint 5 % des voix. Le plus spectaculaire est la défaite de la CDU en Bade-Wurtemberg, le Land frontalier de la France, où ils détenaient le pouvoir depuis 58 ans. Ce n’est pas le SPD qui en profite, qui perd des voix, comme dans l’autre Land, la Rhénanie-Palatinat, où il devra gouverner avec les verts. Ceux-ci triomphent, au point de doubler la SPD en Bade-Wurtemberg : c’est donc de leurs rangs que doit sortir le prochain Ministre-Président du Land, une première dans l’histoire de l’Allemagne.
Les perdants – tout le monde sauf les verts – ont tous dit que le responsable en était la situation au Japon, qui a nourri le rejet du nucléaire. Ce n’est pas faux, mais c’est voir un peu court. Les opposants à l’énergie nucléaire sont très nombreux en Allemagne. Jusqu’en 2009, les gouvernements, aiguillonnés par eux, avaient même décidé que le pays sortirait du nucléaire. Or, le gouvernement Merkel y a renoncé dès l’automne 2009, peut-être poussé par les libéraux, très liés aux industriels de la branche. On prolonge donc les centrales, dont certaines sont bien vieilles. Ce changement a beaucoup choqué et a jeté bien des gens dans les bras des verts. L’opposition à certains grands projets urbains, jugés pharaoniques et pilotés sans l’avis de la population, comme pour la gare de Stuttgart (« Stuttgart 21 »), capitale du Bade-Wurtemberg, a encore alimenté les rancœurs. Or, seuls les verts s’y sont opposés. Dès l’automne dernier, les sondages leurs étaient très favorable. C’est une tendance de fond, accentuées par l’actualité. Les vieux partis ont du soucis à se faire.
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Si j’ai à nouveau utilisé ce jeu de mots facile, c’est suite à un magnifique concert auquel j’ai assisté vendredi soir. Des lieder de Mahler, un piano (Wolfram Rieger) et un immense baryton, Thomas Hampson. Simple, dépouillé, amusant, piquant, émouvant. J’en redemande.
Des concerts classiques forcément un peu guindés par le rite, des cérémonies religieuses en pagaille, des fêtes où on se tape sur l’épaule et sur le ventre, une population dont le principal loisir est de boire des litres de bière, vêtu d’une culotte de peau et d’un chapeau ridicule : résumé ainsi, Munich paraît bien provinciale. Y a-t-il des jeunes ? Une véritable vie nocturne ? Ce n’est pas a priori évident : il n’y a pas un quartier qui concentrerait les lieux de nuit, bien visible, ni une omniprésente effervescence comme à Berlin. On doit chercher la nuit, un peu cachée derrière les sobres façades. Munich possède nombreux bars, par exemple dans le quartier étudiant de Schwabing – elle est tout de même une des plus grosses villes étudiantes d’Allemagne. La vie nocturne semble même relativement intense sur le papier, vu le nombre de « partys » officiellement recensées. Mais tout est dispersé.
Il est tout de même un lieu qui concentre la vie nocturne, que j’ai découvert vendredi dernier, la Kultfabrik. Derrière les voies de la gare de l’Est (Ostbanhof), dans un quartier un peu sinistre, un grand ensemble hétéroclite de bâtiments industriels a été réuni dans ce qui se veut le plus grand lieu nocturne d’Europe. Je n’ai pas assez d’expérience pour vérifier cette assertion. Le kitch est de règne et l’exotisme est saisissant dans cette ville en apparence sage, propre, policée et restaurée à grands frais. Ici, on ne trouve que des bâtiments foutraques, de guingois, hangars, ateliers aux toits de tôles, aux vastes tuyauteries désaffectées, escaliers de fer branlants qui descendent des étages, recouvert de panneaux criards et variés, stands de döner et de boissons sucrées. On n’a peur de rien : voici le club Kalynka (bien avant son ouverture) et sa grande tête de Lénine – vous êtes bien en Bavière – son décor approximatif et son panneau qui renvoie à son voisin… Le New Yorker, qui fait dans le «table dance». Un peu avant se trouve mon préféré, le « Schlager Garten ». L’endroit convient aux amateurs, nombreux de Zürich à Salzbourg en passant donc par Munich (et bien au-delà), de cette musique très populaire et entraînante, la Schlagermusik, qui est à la musique pop ce que la Maß de bière industrielle est au Vosne Romanée. C’est la musique de l’Oktoberfest. Gai et pouëtpouët, avec des morceaux de synthé dedans (quelques exemples ici, admirez le clip qui va avec).
Mais il y en pour tous les goûts dans la bonne vingtaine de boîtes qui composent la Kultfabrick. La nuit tombée, la foule est dense dans les ruelles et tous les hangars résonnent des beats puissants. L’alcool coule à flots, la police est là, plus ou moins discrète, pour veiller aux hordes d’ados et de moins jeunes qui viennent danser pour pas cher. Un homme, titubant dès onze heures, m’a demandé où était le « Partybus ». Car la mairie a mis en place une ligne spéciale de bus pour rapatrier les fêtards et éviter la tentation de la voiture, grande faucheuse de jeunes noctambules.
Les clubs ont parfois des soirées communes. Voici la publicité de l’un d’entre eux, prise dans le journal de la Kultfabrik : le « Männerabend », la soirée des hommes (XXL dit-on). Non, rien de gay (c’est ailleurs), mais la unique soirée pour les 25 clubs où l’on réalise les « tous les rêves des hommes ». Donc : bière à volonté, XXL-BBQ (Q rime ici avec saucisse), concours de tee-shirt mouillé, peinture sur corps, Go-gos, domptage de taureau (mécanique supposé-je), concours de force, d’empilement de casiers de bière (Kistenstapeln), acrobaties en moto, etc. Le rêve non ? Ah zut, c’était le 12 mai.
Mais qu’allais-je faire dans cette galère ? Outre la curiosité, c’est surtout un concert qui m’a poussé là. Car la Kultfabrik recèle aussi un des lieux de concerts les plus prisés de Munich, la Tonhalle. Comme son nom l’indique, c’est une halle, sans doute un ancien atelier, facilement aménageable pour des concerts et bien d’autres événements. Vendredi, c’était le Gotan Projectqui s’y donnait. Il a vite fait chaud. Derrière des projections vidéos, des machines en quantité, des guitaristes, un pianiste, une violoniste-trompettiste, un bandéoniste de talent et un chanteuse qui met le feu à la salle. Sans tee-shirt mouillé. Vous ne verrez pas de photo de ce mémorable concert, sinon celle-ci, prise une heure avant. Toute prise de vue était strictement interdite. Comme je me suis germanisé, j’ai bêtement obéit, pour m’apercevoir qu’en bonne part du public n’en avait cure (non, pas le groupe), en usant es téléphones portables, voire de véritables appareils photos. Il est vrai qu’il était en partie composé de Français.
Et à ce moment-là, qu’est-ce que vous avez fait ? Je suis rentré chez moi, laissant les noceurs danser, emmenant avec moi une belle musique qu’ils n’auront pas, ou plus, là-bas.
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Poire pour la soif, deux vidéos de deux concerts, bien plus anciens (Triptico et last tango in Paris)
La vie musicale munichoise est des plus riches et le choix est parfois difficile. Jeudi, ce fut une retour au classique, avec un couple de germaniques compositeurs à lunettes à l’affiche d’un concert donné par l’orchestre de la radio bavaroise. Avec un tel nom, le Symphonieorchestrer des Bayrerischen Rundfunks n’est pas très attirant. C’est pourtant un excellent orchestre, un des trois grands orchestres de Munich, un des meilleurs d’Allemagne. Il était dirigé ce soir là par un chef octogénaire (après celui de Bach, je dois être gérontophile) mais sémillant, Herbert Blomstedt.
Au programme, en premier lieu Gross Mahler, épisode 2 (épisode 1 ici). Le bigleux est censé être représenté en héros sur la « Frise Beethoven » de Vienne, due au Gustav de la peinture, Klimt, qui ne pouvait néanmoins y peindre des lunettes. Un cycle de lieder, les Kindertotenlieder, « Chants sur la mort des enfants ». L’auteur des poèmes mis en musique, Friedrich Rückert, les avait composés après la mort de deux de ses enfants. Gustav M., qui était lui-même jeune père, ne trouva rien de mieux que de s’en emparer pour donner un cycle de lieder avec orchestre, au grand effroi de sa femme (ici, Gustav avec sa fille cadette)Alma. Ironie cruelle, la fille ainée de Mahler mourut trois ans plus tard.
Mais fait-on de la bonne musique avec des bons sentiments ? Pour les romantiques, même post-, pas vraiment. En tout, je me délecte de cette musique raffinée, douloureuse et sensuelle (oui oui, le tout à la fois). Le concert était magnifique, grâce au baryton, Mathias Goerne, actuellement une des plus grandes voix du genre.
La photo rapportée étant des plus floues, je propose aux amateurs une petite sélection de vidéos. D’abord deux du maître de Goerne, Dietrich Fischer-Dieskau. Le son est pourri, l’image aussi, mais il n’en existe pas d’autre. Si ça vous rebute, passez à la 3e vidéo…
Extrait du 1er chant, « Nun will die Sonn’ so hell aufgeh’n / als sei kein Unglück die Nacht geschehn ! Maintenant le soleil va se lever dans sa clarté comme si dans la nuit nul malheur n’était arrivé ! »).
Puis le 4e chant, « Oft denk’ ich, sie sind nur ausgegangen », « Souvent je pense qu’ils ne sont que sortis ».
Allez, un peu de beau son avec Goerne lui-même, enregistré à Londres l’an dernier (mais ce que j’ai entendu me semblait meilleur, grâce au chef ? voir ici dans la 9e symphonie du même Mahler) :
Le second binoclard était mon petit Schouchou, alias Franz Schubert, dans son imposante 9e Symphonie. « Le petit champignon », comme l’appelaient certaines de ses amies (marquant par là qu’il n’avait guère de touche avec elles), ne répugnait pas non plus au désespoir et au côté obscur de la force. Mais là, non, cette longue symphonie est pur lyrisme et puissance. Le chef a fait merveille, dans une interprétation somme toute classique mais dans un tempo rapide, l’orchestre est soyeux, bref parfait.
Pour finir, encore un peu de musique. On trouve toute la symphonie sur le net, voici juste le début du 1er mouvement, enregistré par Vienne, avec le Philharmonique de la ville, en 1973, par Karl Böhm : très beau, mais un rien guindé et lent : germanique tel qu’on l’imagine.
Pour changer, le 4e mouvement par Frans Brüggen, que j’ai vu diriger Bach au même endroit, L’Herkulesaal de la Residenz (ici), dans un tempo vif et moderne, bien plus plaisant.
Une belle soirée, avec un magnifique orchestre, pour un prix raisonnable. Ils annoncent pour l’an prochain un cycle Gross Mahler. Je sens que je vais casser ma tirelire.
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PS : la vidéo de la Passion selon Sain-Jean dirigée par Gardiner que j’avais insérée sur ce blog a été depuis lors retirée par Youtube : elle devait être illégalement mise en ligne… je n’ai rien trouvé de mieux pour la remplacer. Il ne reste qu’à acheter des CD !
La vie musicale à Munich est très riche. C’est particulièrement vrai pour la musique classique, dont elle est un des principaux centres européens, avec quelques-uns des meilleurs orchestres mondiaux et un public de connaisseurs, voire de fanatiques. Elle est aussi la ville du prestigieux label de jazz ECM. Dans d’autres domaines, elle est un des passages obligés des grandes tournées. C’est ainsi que U2, tel Bigard, va bourrer le stade olympique en septembre prochain, comme Muse ou Placebo l’ont fait en novembre. Les grosses pointures passent toutes ici. Cela dit, en fait de grosses pointures, on trouve aussi une étonnante concentration de vieilles godasses dont on avait parfois oublié jusqu’à l’existence.
Lisons ensemble le programme. On trouve des personnes pour qui l’on a du respect, mais qui donnent des signes de fatigue : faut-il aller écouter ce mois-ci le délicieux cinéaste mais médiocre clarinettiste Woody Allen ? Bon, c’est Woody, on lui pardonne tout. On nous annonce en novembre un concert de Deep Purple. Qui n’a rêvé d’entendre en concert le légendaire Smoke on the Water ? Pas facile, certes, après avoir entendu le Live in Japan. Mais ce n’est surtout plus le même groupe qu’en 1970 ; ceux qui restent ont quarante ans de plus. Regardons les vidéos de ces jeunes chevelus dépoitraillés inventant le hard-rock, en 1970 (Child in Time, ou 1972) ou 1973 (Smoke on the Water, ci-après).
Faut-il aller les voir, arrondis, cheveux blancs, ou presque chauves, comme ici (en 2008 à Montreux, aussi ci-dessous), ou Smoke on the Whater sent le mou du bide ?
Cette vidéo de 2005 montre qu’il avaient encore de la ressource, mais maintenant ? Bon, admettons ; certains vont bien voir un has-been cardiaque sorti de la naphtaline, érigé en mythe national (ah que..), d’autres un groupe mené par un raisin sec millionnaire sautillant comme un haricot, alors pourquoi pas Deep Purple. On pourrait en dire autant de Mark Knopfler de Donovan ou des Scorpions, qui passent en mai…
Mais on passe aussi ici du pénible à succès pas très frais, comme Kevin Costner, les casse-pieds I Muvrini (mars), Helmut Lotti (le mois dernier, l’André Rieux du chant), ou les improbables « The ten Tenors » (avril). Ce n’est rien, car voici que s’avance en roulant les « r », Mireille Mathieu, qui est accueillie par rien moins que la Philharmonie. Horreur ! C’est ainsi qu’est représentée ici la France ? Non, il y a aussi Jean-Michel Jarre. La déprime vous gagne quand on voit que les Munichois se sont rués, ou vont se ruer, sur Dione Warwick, Eros Ramazzotti, Boney M (bon, il y a pire) ou Whitney Houston.
Et toi, ô trentenaire ou pire quadragénaire qui a vécu les années 1980, viendras-tu entendre Nina Hagen (en juillet) ou Nena (oui, la grand-mère, 99 Luftballons, le mois prochain). Pensais-tu que Status Quo (si si, «In the Army Now», ici vieillis), Ultravox (un bon tube, ci-dessous pour le plaisir), Spandau Ballet (un seul tube, «True»), Chris Rea,Jeanette (allez voir pour retrouver la mémoire…) ou encore Aha (no comment) existaient et jouaient encore ? Pour leurs impôts, envoyez un don aux Ringards nécessiteux. Mais est-ce nécessaire d’aller les écouter? Si on ajoute les innombrables concerts de musique bavaroise ou de Schlager, doit-on considérer que Munich est le comble de la ringarditude ? Ou simplement du goût allemand, dont on sait la réputation ?
Ce serait trop simple ! Il est des célébrités qui, selon les goûts, peuvent métier le détour : les Red Hot Chili Peppers, Airbourne (du bon hard), Marc Almond - D’accord, avec lui, on retrouve aussi un air des 80’s avec Tainted Love ou I Feel Love (live ici et remix là et ci-dessous) avec Bronski Beat, le délice des ados en mal de jeux de mots),
Air, Emilia Torrini, Bebel Gilberto, Phoenix, Morissey, Rammstein (Ahhhhh du scandale), Marilyn Manson, Element of Crime (du bon chleu), Alice in Chains (du lourd) Ginamaria Testa, Mika, Katie Melua (Une belle reprise, deux !) ou Khaled (euh, ne faut-il pas le mettre chez les ringards ?). Allez, les deux reprises de Katie Melua pour la route:
En vérité, la jeune scène pop-rock déboule tout autant à Munich. Jugez-en : Gossip, Peter Doherty, Moriarty, (ici, et là une reprise, aussi ci-après dans un petit reportage),
Artic Monkeys, Kasabian, Pasion Pit, The XX (venus deux fois) ou les Leningrad Cowboys, (deux fois eux aussi) et je dois en oublier, vu l’étendue de mon ignorance.
Et que dire de la présence de Mariza, « reine du fado » ou des immanquables Gotan Project (le même jour que Whitney Houston, trop dur). Quant à l’amateur de jazz, il est aux anges : il peut ou a pu écouter Yaron Herman,
Roberto Fonseca, Marc Ribot, Kurt Elling, Diana Krall, Melody Gardot (photo, ahhhhh, du rêve - par sa voix!), Jan Garbarek, Renaud Garcia Fons, Pat Metheny, Chris Rea, Andy Emler, Paco de Lucia ou Nils Landgren…
Munich est assez grande pour tous les goûts. Tant mieux pour les ringards qui paieront leurs impôts, comme pour les curieux qui ont les oreilles ouvertes ! Et dans tout ça, qu’irais-je voir ? Euh, euh, je travaille !
Mardi dernier, je suis allé écouter avec quelques amis un concert donné par l’Abaco-Orchester, l’orchestre des étudiants de l’université. J’ignorais l’existence de cet orchestre jusqu’en décembre dernier. Nous dînions alors dans une brasserie du quartier. Une longue table était occupée par un joyeux groupe qui descendait des bières. Il s’en allaient les uns après les autres, gais et parfois titubant, en exhumant de dessous la table des étuis à instrument de musique. Une controverse amicale m’opposa à l’un de mes voisins au sujet d’un étui : j’y voyais un étui à violon, alors que c’était selon lui un étui à tuba (ou à flûte, ma mémoire me fait défaut). Nous avons interpelé le propriétaire pour trancher notre désaccord – en ma faveur –, lequel propriétaire nous a donné des prospectus annonçant le concert de mardi.
Il suffisait de traverser la rue pour aller dans les bâtiments trapus de l’université. À l’étage se trouve la « Große Aula», en quelque sorte l’auditorium, la salle de prestige dont chaque université allemande est dotée (vous avez vu en novembre celle de Heidelberg, ici). Une vaste salle rectangulaire, avec un balcon, pourvue, derrière la scène d’une abside. Comme souvent, on remarque un épais plafond à caissons en bois sombre. Mais le reste de la décoration évite les boiseries : sur un fond blanc tranchent des mosaïques de style austère, une horloge fantaisiste et une série de décors, dorés. Parmi eux, des masques de théâtre antique, derrière la scène et surtout, ô surprise, sur le balcon, une série de reproductions assez fidèles de monnaies antiques, essentiellement grecques : ainsi Cnossos avec le Minotaure (il manque le Labyrinthe), Athènes et sa chouette, Syracuse et la nymphe Aréthuse, Corinthe et Pégase, mais aussi, plusexotique, Tyr ou Rome, cela va de soi. Sans doute est-ce héritage d’une époque, le XIXe siècle, où les universités européennes prétendaient puiser leurs racines et leur enseignement dans l’humanisme et dans l’Antiquité. Cela a valu à la Sorbonne des fresques assez pompières mais fort distrayantes.
L’ambiance était fort bon enfant, le public jeune, comme l’orchestre. Celui-ci rentre sur scène en traversant la salle, salué par un public de fans, enthousiaste mais fort discipliné et manifestement connaisseur. On dit le public munichois composé de fins et exigeants mélomanes, cela doit valoir aussi pour les étudiants, du moins pour ceux qui étaient là mardi. Le programme, outre des babioles dispensables, avait pour morceau de choix la première symphonie de Mahler. L’orchestre était donc nombreux, qui emplissait la scène pour cette musique opulente. Si ce n’est pas l’œuvre la plus difficile du répertoire, elle exige beaucoup par sa durée, les difficultés de faire jouer ensemble pendant une heure un orchestre aussi vaste. Les pupitres des vents et des bois sont particulièrement sollicités, comme on ne sait : cette mauvaise langue de Debussy traitait les symphonies de Mahler de « Bibendums ». Il est de bibendums qui vous mettent en joie, comme cette symphonie-ci. Le chef, lui aussi juvénile, voire gracile, était passionné et a insufflé une belle énergie à un groupe d’amateurs au fond fort impressionnants. Il y a bien eu des approximations, des difficultés de mise en place çà et là, mais on ne peut comparer cette exécution avec celle des orchestres professionnels. Il fallait être bien grincheux pour être critique et bouder le plaisir reçu. Si l’on ajoute que les examens ont lieu en ce moment, on ne peut que faire casquette basse devant ces étudiants qui nous ont procuré un Gross plaisir.