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vendredi 19 novembre 2010

Les délices de la traduction automatique

Les hasards m’ont mis en contact avec trois effets amusants de la traduction faite à l’économie, notamment par la traduction automatique de M. Google.

Le moins drôle est sans doute ce texte destiné à présenter le cirque des puces de l’Oktoberfest. Pas trop de fautes, mais un étrange nom pour la ville qui l’accueille : Munique. Traduction phonétique.

Un peu plus amusant, cette page sur la cuisine bavaroise (ici). Admirez-en le style avec cet extrait :

« La cuisine de Bavière est l'ensemble d'assiettes et habitudes de la région de Bavière (l'Allemagne) et un des éléments plus identificadores de la cuisine allemande du sud. Il s'agit d'une il cuisine basique, fondée dans le goût des laboureurs qu'ils jadis soignaient les champs de Bavière. Les caractéristiques plus générales de cette cuisine bávara est l'abondante viande especiada, fréquemment servie rôtie, les assiettes de pâte et de farine.

À l'égard des influences de cette cuisine il se peut commenter que ses racines se partagent entre otars cuisines voisines à la région. De cette forme sepuede distinguer une cuisine de franconia, ainsi que la cuisine de suabia comme des éléments indispensables de la cuisine de Bavière. Une habitude bávara très fréquente est le dénommé Brotzeit, que se réalise dans bien des Imbiss, et est un 'arrêt' entre le petit déjeuner et le petit-déjeuner dans lequel se mange un apéritif. »

Dans la liste qui suit, j’ai aussi un faible pour « Entrantes », au lieu des « entrées ». Tout cela semble traduit d’une langue ibérique.

On dira que ce sont les lois du Net et l’on pourra en citer des centaines d’autres exemples. Voici donc pour finir mon préféré, photographié en septembre dernier à Athènes, sur le menu d’un restaurant à touristes situé devant l’ancienne agora.

La pauvre huile, qui n’était pucelle qu’elle était, tomba en consomption. Quelle salade !

jeudi 28 octobre 2010

Panzerkampf ou les tortues Ninja en Grèce

Offrons-nous un bref retour en arrière, le mois dernier en Grèce. Voici une petite vidéo filmée sur un des sites archéologiques d'Athènes, celui du Céramique. Il en sera pas pour autant question d'archéologie, mais plutôt des nombreuses tortues qui y vivent. Ce lundi 13 septembre, voici le curieux combat qui m'a intrigué.



Ce n'est qu'un bref moment d'une scène qui a peut-être duré une heure, voire plus. Les tortues ne cessaient de se lancer contre une troisième. Et ça fait des grands "plonk", "plonk", et "replonk"! Pendant les pauses, elles tentent de glisser la tête vers les ouvertures de la carapace qu'elles percutent. Celle-ci a l'air vide, rien ne dépasse. Pourtant, quand on se penche, on croit deviner que de la chair y bouge: il y a un bien un animal dedans. S'agit-il d'une tortue femelle désirant échapper à des congénères mâles en rut et prêts à se faire une tournante? D'une thérapie collective visant à combattre la timidité? D'un animal ayant bêtement squatté une vieille carapace, en butte à l'hostilité de tortues scandalisées par la profanation des restes de l'ancêtre? Avis aux spécialistes!

lundi 17 mai 2010

Mauvaise graisse

La Grèce ne se résume pas à la très grave crise qu’elle traverse et il serait mensonger de réduire un séjour là-bas à une lente descente en désespoir. La Grèce offre aussi la fête des sens pour qui les a un peu en alerte. L’habitant de la Germanie y découvre le printemps en avance, et un printemps très vite estival. Le parfum de la fleur d’oranger alors envahit les rues d’Athènes, surtout à la tombée du jour, si propice au développement des odeurs. Car Athènes est massivement complantée d’orangers – ce sont des oranges amères, guère consommables immédiatement.
Quant à l’estomac, il est vite satisfait par les innombrables tavernes à bas prix, où l’on mange en plein air, sous les branchages, en respirant ces délicats parfums. La nourriture y est certes moins raffinée : simple, rustique, abondante, elle obéit au principe universel « mets de l’huile ! » et rassasie vite l’estomac du travailleur même acharné. L’aspect n’en est pas toujours engageant, comme vous le voyez sur cette photo d’une « marmite de la grand-mère », spécialité d’une taverne de Poros. Cela paraît bien kitsch et peu appétissant. Mais il ne s’agit que de viande de porc cuite dans une sauce huile-tomate dans un petit caquelon, surmontée de frites elles-mêmes recouvertes d’une belle masse de fromage fondue. Aussi étonnant que cela paraisse, c’est fort bon.

Autre sujet d’étonnement, ces énormes croissants et pains au chocolat, que l’on croirait gonflés à l’hélium ou fabriqués à Tchernobyl. Immondes, ces monstres ? Délicieux, au contraire ! Ici, on aime le copieux, le gros modèle, le plat opulent, voilà tout. La cuisine n’est guère moléculaire et fort peu moderne. Elle nourrit et vous dispense d’une inutile succession de plats, voire de plusieurs repas. Il arrive même que ces énormes mets soient tout de même d’emblée appétissants : ainsi de cette brioche, le tsouréki, traditionnelle ici au moment de Pâques, qui doit bien mesurer ses 40 cm de long. Elle est d’un goût subtil, souvent légèrement parfumée à la fleur d’oranger.et recouverte d'amandes effilées. À mon sens, elle remplacerait avantageusement la production de la plupart des boulangers français. Pour le goût, small n’est pas forcément beautifull.

*

Pour le facile jeu de mot sur la graisse, vous trouverez ici un dessin de Martin Vidberg qui en fait le meilleur usage.

lundi 10 mai 2010

Noir c’est noir




Avril fut donc grec. Je m’en suis allé avant l’implosion actuelle, mais le climat y était déjà sombre. Depuis mon dernier séjour, il y a un an, la misère a explosé, si j’en juge par l’envahissante mendicité, ou par les innombrables vendeurs à la sauvette qui occupent tous les trottoirs du centre et des grandes rues. Dans le métro, on se fait régulièrement dépouiller : mon portefeuille doit faire les délices d’un voleur, d’autres ont essayé de réitérer le coup au moins deux fois. Parmi les gens qui vivent en Grèce que je connais, il n’en est pas un qui ne se soit fait voler, fracturer sa voiture, voire agresser. Les voleurs agissent en petite bande, vous distraient, pendant ce temps, ouvrent les sacs, à la main, ou à l’aide d’une lame. Bien souvent on ne s’aperçoit de rien, bravo les artistes ! On dira que ces gens là ne sont pas Grecs. Le fait est que les vendeurs à la sauvette se répartissent entre Africains (les sacs, les vêtements) et Sri Lankais ou Pakistanais (les jouets, les lunettes, les babioles…), mais ils vendent, ils ne volent pas. Les Albanais, comme les Roms, sont régulièrement accusés des vols et des cambriolages, mais les Grecs les détestent... A mon sens, les meilleurs voleurs sont les taxis athéniens, tous Grecs. Quand bien même les vols et la mendicité seraient l’œuvre des nombreux immigrés qui vivent à Athènes, leur explosion est bien le signe qu’il ne leur reste que cela pour survivre, qu’il y a de moins en moins de travail pour eux, de ces innombrables petits boulots dont ils vivaient. C’est un des indices de ce que ce pays s’enfonce, s’il en était besoin.

L’éruption sociale actuelle, le climat par moments quasi-insurrectionnel, repose sur une tension ancienne et palpable ce printemps, mais déjà, aussi, l’an passé. Les heurs entre la police et les manifestants, disons de l’extrême gauche, surtout anarchistes, ont toujours été d’une grande violence, et ce des deux côtés.
Cette rue, dans le quartier d’Exarchia, entre la colline du Lycabette et le Musée national, se trouve dans le quartier tenu par les anars. Elle a été rebaptisée par eux du nom de l’adolescent tué par une balle de la police en décembre 2008, lors - déjà - de violentes échauffourées dans le quartier.



Une plaque en marbre a même été édifiée à l’endroit de sa mort, comme une plaque officielle.


Ce quartier, longtemps à l’abandon, un peu pourri, est rempli de squats, mais aussi de façades délabrées, vite mises à profits pour peindre de grandes fresques protestataires, dont voici quelques exemples (en haut et ci-dessous).


Plus amusant, plus bon enfant est l’ambiance qui règne sur une friche, qui a été reconquise par les autonomes du quartier pour en faire un jardin participatif. Un petit quartier de maisons est ainsi devenu verdoyant, grâce à l’apport de terre, de plantes, à un arrosage régulier. Des bancs, des tables, des jeux d’enfants y ont été installés. Au centre du jardin communautaire se trouve une bicoque qui fait office de café.

Les habitants du quartier ont conquis un terrain à l’abandon, sur lequel, ils n’ont, bien sûr, aucun droit de propriété. Mais qu’est-ce que la propriété en Grèce, pays qui en connaît la plupart du temps pas de cadastre ? Au moins a-t-on évité une décharge sauvage et créé un petit poumon vert.

Voilà qui est en tout cas symptomatique du rapport des Grecs avec la chose publique, en particuliers dans les milieux autonomes ou anarchistes. La violence en participe. Mais il faut bien se rappeler ce qu’est l’État en Grèce. Ce fut, jusqu’au début du XIXe siècle, un État étranger - l’Empire ottoman. Puis un État très instable. Une dictature dans les années 1930, une autre au milieu du XXe siècle, après une sanglante guerre civile et une non moins sanglante répression. La démocratie n’existe que depuis 1974, mais la méfiance vis-à-vis d’un État, qui est encore passablement corrompu, et dont la police est violente, demeure très forte.

Et comme l’impression est que ceux qui souffrent le plus vont le plus payer pour les drastiques mesures d’austérité, ce n’est pas prêt de changer.