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mercredi 27 avril 2011

On solde !

Le vent est là, qui fait tomber les pétales des arbres en fleurs. Il neige rose, on se croirait au Japon. Le vert chasse le blanc et le rose, qui se retrouve au tapis.


Pâques est passé. Pour moi, il s’est déroulé au bureau, et dans une pause à l’opéra, qui avait un goût d’éternité – dans le sens où « c’est long, surtout vers la fin ». Ainsi va Parsifal, beau mais bon.

Les montagnes d’objets et de chocolats en forme de lapins n’ont pas toute été écoulées. On les solde donc, massivement. Ce n’était déjà pas très cher, cela devient presque dérisoire. Il est vrai que certaines variantes sont un peu particulières.
Mais il devient difficile de résister à l’envie de tordre le coup à un petit lapin.

jeudi 21 avril 2011

Le coup du lapin

Un collègue d'un âge certain (plus que celui de mon père), qui témoigne d'une amitié non moins certaine, a déposé ceci sur mon bureau en fin de matinée.


Je n'étais pas là pour réceptionner le cadeau, mais la personne avec qui je partage ce bureau et bien d'autres chose m'a rapporté la conversation qui s'ensuivit. "Merci bien, c'est joli, c'est vous qui l'avez fait?" - "Non, c'est le lapin de Pâques (Osterhase)." Ici, c'est en effet lapin qui apporte les œufs de Pâques.
Ce lapin de Pâques semble en l'occurrence bien paternel.

lundi 5 avril 2010

Passion Bach d'abord

Pâques est naturellement un moment clé de l’année en ce pays très catholique. On a vu que les gourmandises brioches œufs et autres lapins, se consommaient très avant, malgré le carême (ici et ). Il en va de même pour la musique. Comme dans toute l’Allemagne, on y donne les Passions de Bach, mais l’on n’attend pas le week-end de Pâques. Les premiers concerts ont lieu dès le mois de février, en dehors des églises avec la venue de chefs prestigieux et spécialistes de ce répertoire comme Tom Koopman, Helmut Riling ou Frans Brüggen. La fête approchant les passion se multiplient et tous les orchestres, professionnels ou amateurs, emplissent les églises de Bach. Le dernier week-end, il y a en a des dizaines et l’on en sait pas où donner de l’oreille.

J’ai résolu le problème en étant absent de Munich pour Pâques et en allant écouter la Passion selon Saint-Jean bien avant, dans l’Herkulesaal de la Residenz. Cette « résidence » est le palais des ducs (puis rois) de Bavière, situé en plein centre ville. La salle moderne (des années 1950) prend la place et les dimensions de l’ancienne salle du trône, détruite pendant la Seconde guerre mondiale. À l’étage sont figurés les douze travaux d’Héraklès, en style mastoc. Pour une salle couverte de marbre, l’acoustique est bonne et je n’ai rien perdu des détails de l’œuvre, il est vrai jouée par un orchestre assez réduit, sur instruments d’époque.


Le chef, Frans Brüggen, accuse ses 75 ans. C’est un corps déchargé, cassé en deux, surmonté d’une tête de raisin sec et d’une crinière blanche, qui entre en trottinant sur la scène, s’assied sans façons sur un siège et lance immédiatement l’œuvre. Ce vieux monsieur, dont on craint qu’il ne s’endorme ou ne se brise comme du cristal, dirige avec attention et précision, faisant entendre une musique légère, et suscitant l’émotion tout au long des deux heures de la Passion. Les chanteurs étaient excellents, surtout celui qui chantait le rôle-clé l’évangéliste, qui raconte la passion (Michael Schäfer). Je n’ai guère trouvé de version disponible de la Passion selon Saint-Jean (Johannes-Passion) dirigée par Brüggen, mais vous pouvez la goûter ici par un très grand chef, John-Eliott Gardiner, avec son choeur d’entrée, qui est peut-être un de plus beaux chœurs jamais composés.






Êtes-vous désormais convertis à cette passion ?

samedi 20 mars 2010

Pas de pitié pour le carême

Le carême n'existe pas. En voici la démonstration.
Ce matin, un lapin...
Comme cette photo l'indique, les Allemand voient large pour les chocolateries de Pâques. Encore a-t-elle été prise près d'un mois avant la fête de Pâques. Une véritable armée de lapins, que j'ai déjà évoquée, se retrouve partout. Y compris dans les boulangeries, où l'on peut déguster de très bonnes brioches en forme de lapin (Osternhase). Pourquoi donc tant de lapins? Subtile allusion, bien germanique, à l'arrivée du printemps et aux activités auxquelles il faudrait alors se livrer, ne serait-ce que pour redresser la démographie du pays? Absolument pas (à ma connaissance). C'est pourtant évident: le lapin apporte ici les œufs de Pâques. On pourrait se perdre en conjectures sur les connaissances biologiques des Allemands, si l'on ne se rappelait que de l'autre côté (ouest) du Rhin, ce sont les cloches qui exercent cet office. Quelle est la tradition la plus absurde?
Du reste, si l'on regarde comme ici un autre rayon du même supermarché, Galeria, temple de la consommation muni d'un rayon "Gourmet" à se damner, on est pleinement rassuré.
Cette énorme poule, qui doit bien toiser son mètre ou son mètre cinquante, couve les légions d'œufs colorés qui feront les délices du dimanche de Pâques. Seulement ce jour-ci? Pourquoi donc les mettre en vente aussi tôt? Certes, il est ici de bon ton que l'abondance règne dans les étals. Mais je croirais plutôt que les Allemands, du moins les plus petits d'entre eux, n'attendront pas début avril pour goûter à ces friandises. C'est aussi pour cela que les boulangeries, outre ces lapins de Pâques proposent dès février les brioches de Pâques, les délicieuses Osterfladern, dont j'ai déjà parlé.
Ici, un autre modèle, l'Osterfladern aux raisins. J'ai repéré quatre ou cinq sortes d'Osternfladern différentes (ainsi la mystérieuses Premium, ou la Vollkorn: à la farine complète). Il est bien évidemment impossible de les tester toutes le jour de Pâques. On est donc contraint de les mettre en vente plus tôt. Chacun peut donc toutes les goûter et faire son choix définitif pour Pâques.

Teuf teuf
Vous voyez que le carême en prend un coup. D'autant plus que l'on ne cesse de bambocher à la même époque. Il y a ainsi tous les mercredis des fêtes autour du poisson - ainsi une soirée "Fish'n blues". Mais l'affaire du mois de mars est la Starkesbiefest. Pendant plusieurs semaines et parfois depuis février, chaque grande brasserie (Löwenbraü, Ausgutiner, Hofbräu, etc.), propose une bière épaisse, forte en alcool. On en fait remonter la tradition au Moyen Âge: cette bière épaisse et nourrissante, car sucrée, aurait permis de sustenter les moines au moment de la soudure, lorsque les greniers sont vides et que rien n'a été récolté. Voire. La tradition est le prétexte à justifier tout et n'importe quoi, surtout n'importe quoi. Aujourd'hui, plus encore que de déguster une nouvelle bière, il s'agit d'à nouveau faire la fête. On n'allait tout de même pas se tourner les pouces entre Fasching et l'Oktoberfest!

Il est assez facile de se rendre compte de la nature de la fête, comme je l'ai fait en allant avec une amie un samedi soir à l'Augustinerkeller.Cette Brasserie est un des temples de la bière à Munich, grâce à son immense Biergarten, fermé en ce moment, et à une série de salles dans la grosse bâtisse qui trône au milieu du jardin. On peut y goûter partout cette fameuse bière forte, mais tout se passe dans les caves de l'endroit.


Mélodie en sous-sol
On y descend par un étroit escalier en colimaçon, qui donne l'impression d'aller dans les catacombes. Une petite porte en fer nous introduit dans une série de caves voûtées, en brique. Il est difficile de trouver une place sans réservation ou sans obstination. Nous avions choisi la seconde option et nous nous sommes finalement retrouvés assis dans un tonneau...
On peut naturellement manger et boire une série de bières Augustiner (une des meilleurs de Munich), mais nous étions là pour la bière forte, la Starkesbier. Elle arrive donc, en Mass, donc en chope d'un litre, rien de moins. Une telle bière, un peu sucrée, süss comme on dit ici, est fort agréable l'hiver. On l'imagine mal l'été, où son épaisseur ne ferait pas merveille. Un litre nous a suffit, mais nos voisins en ingurgitaient beaucoup plus. Son, nom la Maximator... Car toutes ces bières ont un nom en -tor, Triumphator, Salvator (et Dali)... Et lorsque la soirée termine (à tort), on se dit, puisqu'elle n'est pas venue, hein!, Maman a tort.

Les caves étaient bondées d'un public varié, relativement jeune - de mon point de vue. Tous les âges, les sexes, les classes sociales et les inclinations se mélangeaient autour de table où régnait, comme toujours, une ambiance bon enfant. Mais la surprise vint de ce que la plupart d'entre eux, et surtout les plus jeunes, étaient entrachtés. Pour ceux qui ont raté l'épisode 1, les Trachten sont les vêtements traditionnels bavarois, Dirndl pour les femmes, Lederhose pour les hommes, avec, en cette saison, une floraison de chapeaux à plumes qui en me font pas regretter ma casquette. On engage très vite la conversation avec vous. Ainsi avons-nous parlé une bonne partie de la soirée avec un sympathique Hamburger, pas très à cheval sur le maintien de sa ligne, ni de celle de son épouse, une authentique Bavaroise qui officiait là-bas comme serveuse.

Mais boire n'est qu'une partie de l'attrait (supposé) de la soirée. Un orchestre était installé dans l'une des salles, qui jouait un peu de variété internationale euh... YMCA), mais surtout des airs bavaro-autrichiens, comme on en raffole ici.
Le public les reprend en cœur, tous âges confondus. Très vite, on danse sur les tables, on tape de mains, bref, on transpire, ce qui permet de boire un peu plus. Pas d'Anton aus Tyrol, hélas, mais pour l'essentiel les airs entendus sont les tubes de l'Oktoberfest, Wahnsinn, Füstenfeld, Ab in den Süden, Köln (Viva Colonia), comme on peut le constater sur ces petites vidéos. Ici "So a schöner Tag" (texte ici, son ).




Les caves ferment à minuit, mais les bars restent ouverts. Quand on sait qu'il y a bien une dizaine d'endroits fêtant ainsi la Starkesbierfest, du mercredi au samedi, tout le long du mois de mars, on se dit, en effet, que le carême n'existe pas.