dimanche 13 mars 2011

Vin et barbarie

J’étais donc à Würzbourg en février (voir ici). En descendant la colline du Marienberg, on passe entre les vignes. Au début, on salive en pensant à la dégustation future. Puis on remarque le nombre de sarments qui jonchent le sol, les blessures de la vigne. Quel est donc ce massacre, cette taille brutale et sans nuances ?

L’explication vient plus bas. Pour gagner du temps, le gros de la taille est mécanisé. Un petit camion passe sur les pistes. En descend une chenillette, tirée par un câble. Elle passe entre les rangs. Un bras articulé encadre la rangée de ceps et taille automatiquement. Arrivé en bas, la chenillette se retourne et taille l’autre rang. Le câble la remonte sur le camion, qui avance de deux rangs, et l’opération recommence.


Le procédé est à la fois des plus astucieux et assez barbare. On voit bien qu’il économise de la main d’œuvre et du temps. Mais quelle perte par rapport à la taille manuelle ! Et regardez le vigneron des temps modernes…
Mais c’est peut-être ce qui permet des prix relativement bas.

Notons un autre détail : l’herbe pousse au pied des ceps, entre les rangs, ce qui montre que l’on ne traite pas massivement. Cette vigne semble être cultivée selon des méthodes biologiques. Un paradoxe bien allemand : la mécanisation et le bio. Le moteur et l’air pur.

vendredi 11 mars 2011

Vin et châteaux

Au nord de l’État de Bavière se trouve la Franconie. Ses habitants revendiquent leur propre culture, qui n’est absolument pas bavaroise. Il paraît qu’il existe même des nationalistes franconiens. Je n’en ai pas encore rencontré, mais un séjour de 24 heures dans une seule ville de Franconie, Würzbourg, ne me le permettait évidemment pas.

Voilà encore une ville reconstruite pierre par pierre, après les bombardements très destructeurs de 1945. La cathédrale (Kiliansdom), dont la façade est romane et la nef baroque, avec des morceaux de gothique dedans, n’a plus rien d’authentique, ou peu s’en faut. Idem de l’hôtel de ville, de telle église baroque (le Neumünster)et de bien d’autres bâtiments (ici la Falkenhaus). Il n’empêche, la ville, à cheval sur le Main, encadrée par ses coteaux viticole, a du charme. Un pont a été conservé, une sorte de Pont neuf ou de Pont Charles local, qui conduit à l’imposante forteresse du Marienberg. C’est là que résidèrent les princes-évêques de la ville jusqu’au XVIIe siècle. Passé ces énormes glacis d’époque moderne, on trouve un élégant château, essentiellement de la fin du Moyen-âge et de la Renaissance. La chapelle circulaire, que voici, est un de petits bijoux du lieu.

Mais les princes-évêques de l’âge baroque en avaient assez de cette trop modeste demeure. Ils se firent bâtir à l’opposé de la ville un grand château rococo, la Residenz, un des plus beaux d’Allemagne, classé au patrimoine mondial de l’humanité par qui vous savez. S’il a été bien abîmé pendant la seconde guerre mondiale – au point qu’une aile n’a pu être reconstituée – il a été minutieusement restauré, pierre par pierre, stuc après stuc, glace après glace. Le résultat est stupéfiant, que l’on soit sensible ou non à cet art surchargé. Le clou est la vaste fresque du plafond de l’escalier d’honneur, due à Tiepolo. Je n’en ai que des photos médiocres, volées, prises en bravant l’interdiction d’en faire – sans doute destinée à doper les ventes de livres de la librairie.
Une belle visite en vérité, conclue par la dégustation de vins fort agréables, enfin ! J’y reviens bientôt.

mardi 8 mars 2011

Le jardin merveilleux



Il est un passage discret, entre l’Amalien- et la Türkenstrasse, l'Amalienpassage. Il serpente entre une série d’immeubles modernes, édifiés lors d’une vaste opération immobilière qui avait alors fait scandale. Leur esthétique est discutable, mais l’endroit, avec ses successions de cours, arborées, illuminées jusqu’en janvier, ne manque pas de charme. On y trouve nombre d’endroits où manger à prix modiques, un inévitable imbiss asiatique, un épicerie-imbiss bio, la « Terre mère » (Muttererde), un Japonais, etc. Dans la dernière cour, l’été, on voyait le coiffeur, Hilda, se refaire les ongles sur un fauteuil au soleil. On aurait pu se croire à Berlin. Son successeur est hélas moins pittoresque. Cette cour recèle un restaurant français, forcément gastronomique, à l’addition de facto astronomique.
Un peu plus loin, côté sud, des arbustes et d’innombrables pots de fleurs, de plantes décoratives dessinent sur la pavé un petit jardin paisible où les tables invitent à aller goûter le soleil. C’est le Gartensalon, un petit restaurant-salon de thé ouvert par l’association d’une artiste et d’une cuisinière (voir ici leur site). C’est une bonbonnière où chaque détail a été pensé, broderie des coussins des chaises, décor des murs, pétale de fleur sur les parts de gâteaux, etc. Le kitch n’est jamais loin, mais il est désarmé par une forme de poésie, de fraicheur, d’inventivité et d’humour. On y mange pour des prix fort modiques des plats toujours originaux et vraiment savoureux. Point de grosse-saucisse-patates ou choucroute, mais des choses plus légères : currys (délicieux, mais un peu trop récurrents...), soupes, gratins de légumes. Les plus affamés peuvent goûter d’énormes pommes de terre agrémentés de Brotaufstricht très originaux - en français, on devrait dire « pâte à tartiner », ce qui est réducteur et guère positif. Par ailleurs, on nous propose régulièrement des pâtes, des formidables lasagnes (à la viande), etc. Tout cela à base de produits frais, très souvent bios. Un formidable choix de boissons où tout est original (même le choix des bières). Le meilleur est sans doute dans les gâteaux, des délices dont le choix est renouvelé tous les jours. Dans ce domaine, l’inventivité et la science des alliages de goûts est portée très haut. On sort sans regrets et avec joie des sempiternels Käsekuchen (que j’adore pourtant). J’y ai goûté les meilleurs gâteux de Munich.
L’endroit est à la fois simple et raffiné, l’accueil est charmant. Ces dames ont sans cesse de nouvelles idées, comme les soirées WM (coupe du monde football), avec le WM-hotdog (bio, bien sûr, et très bon), ou les dimanches après-midi anglais : projection d’un film adapté d’Agatha Christie, avec thé, scones et gâteaux. La contrepartie est que l’endroit est souvent pris d’assaut.
On aura compris que j’aime beaucoup cet endroit et que ce n’est pas à cause de sa fréquentation très féminine.

lundi 7 mars 2011

Zu Gut? (trop bon)

Et ça continue. Le baron Gutti s'est retiré (là), mais pas de l'actualité. Il a groupe Facebook de près de 600 000 membres. Mieux, ses fans manifestent pour réclamer son retour, ainsi à Munich.
(Tageszeitung du jour; ici la SZ)
Son père, (assez) célèbre chef d'orchestre, Enoch zu Gutt., participe de cette démonstration un rien irrationnelle, défendant son fiston et recevant à l'occasion un kitchissime gâteau à l'effigie du bambin-copieur (plus ici). (encore die Tageszeitung)
Lequel se voit menacé de poursuites judiciaires (ici sur la SZ). On n'a pas fini d'en parler. Il sera facile d'opposer bientôt l'acharnement des journaux, la mesquineries des universitaires en manque de note en bas de page, au bon peuple qui soutient le sincère héros de la politique allemande, abattu alors qu'il menait la Bundeswehr au combat et à la réforme, le flamboyant baron von und zu Guttenberg. Même quand il ne parle pas, Gutti baigne dans la démagogie.
*
Pour ceux qui ont un peu de temps, Arte a consacré un bon numéro de son émission Karambolage au baron KTvzG et à son destin, clic ici.

samedi 5 mars 2011

Brunch cochon


Non loin de chez moi, dans un quartier tranquille, se trouve une ancienne auberge, Gasthof Wöllinger – ici sous la neige (leur site là). À l’intérieur, dominent les boiseries, les inévitables trophées de chasse et les alignements de bocks de bière en céramique. Pour les fêtes s’y ajoutent une surprenante décoration à base de Bretzel, très bavaroise au fond.
L’endroit est assez couru par une clientèle locale, familiale et très bon enfant. Le dimanche, c’est le jour d’un copieux brunch. Outre un grand choix de fruits secs, de charcuterie, de fromages, de fruits frais, outre du pain à gogo, du müesli à composer soi-même, outre des œufs brouillés, des saucisses, on trouve des pommes de terre sautées, des knödel, du pâté de sanglier (à tomber par terre) et… un cochon de lait entier. Il trône au milieu de la salle, et l’on va s’y découper une tranche à même la bête. Ce n’est pas un brunch pour âmes sensibles.

Une cloche sonne et des plats de mousses (au chocolat) abondamment dotés font leur apparition, suivis par de grandes poêles d’un formidable et non moins bourratif Kaiserschmarrn.
On est alors rempli pour la semaine. La dernière surprise est de constater à quel point on a été frugal : les Allemands poursuivent le repas par de grands verres de bière et l’addition est baissée de moitié (soit 10 euros), parce que « vous êtes arrivés après douze heures, il y a beaucoup moins de choses ». Je l’ai échappé belle.

jeudi 3 mars 2011

Guttbye

On l’appelait parfois « Gutti ». Depuis quelque temps, c’est « Dr Copié-collé » ou « Dr Googleberg » (ici). Karl-Theodor zu Guttenberg a démissionné avant-hier, d’où le titre que j’emprunte à la Süddeutsche Zeitung (pourtant avare de jeux de mots). Sa situation devenait intenable, tant le plagiat était avéré : ces derniers temps, on en était réduit à rechercher ce qui pouvait avoir été écrit de la seule main de l’auteur, et ce n’était pas évident. Il paraît probable qu’il a utilisé un « nègre », mais il ne peut l’avouer, la tricherie serait encore plus grave. Il est donc condamné à assumer le plagiat de ses « nègres » peu scrupuleux.

(Stern)
Très raide, le ministre de la défense a annoncé son retrait en invoquant le fait que les attaques personnelles nuisaient à sa mission, par exemple lorsque « l’attention publique et médiatiques se concentre presque exclusivement sur la personne Guttenberg et sur sa thèse et non, par exemple, sur la mort et la blessure de 13 soldats allemands ». Il souhaite que son sort ne nuise pas aux soldats (texte ici, vidéo là ou là). Habile façon de renvoyer la balle aux médias, implicitement accusés de ne pas traiter l’actualité sérieusement. Un brin de démagogie ne nuit pas. Ou d’aveuglement : on n’est au fond pas loin de la lettre de démission d’Alliot-Marie, qui « a trop de respect » pour le personnel de son Ministère pour accepter qu’ils soient victimes de attaques qui la visent (voir ici). Disons simplement que dans l’échelle de la faute, MAM est allée bien plus au que KTvG, parce que c’était dans l’exercice de se fonctions, parce que cela nuit vraiment au pays et parce qu’elle est dans le déni total. Il faut dire qu’elle est aussi bien moins glamour et un rien plus bête.
(AFP)
Revenons au baron. L’homme reste populaire. Mais nul ne connaît les conséquences de cette affaire. Des poursuites judiciaires pourraient être engagées, alors qu’il a perdu toute immunité. Le plus grand espoir de la politique allemande risque fort de voir sa carrière brisée. À moins que les Allemands ne soient aussi oublieux que les Français - Songeons aux Chirac, Juppé, Balkany, Emmanuelli et j’en oublie. En attendant, il pourra essayer de rédiger seul une thèse.
(Blog Fachanwalt für It-Recht)
Mais comment donc a-t-il été possible que cette thèse soit suivie et approuvée par un Professeur de Droit respecté, reçoive la mention la plus élevée et soit publiée chez un éditeur reconnu, alors que n’est qu’un montage, un tissu de plagiat ? Comment est-ce possible dans la sérieuse en Allemagne ?

La réponse est simple. J’ai pu assister en janvier dernier à une soutenance de thèse d’un doctorant de l’équipe de recherche qui m’héberge. La soutenance n’est pas une épreuve pénible. Elle ne dure qu’une heure et aucun des trois membres du jury – pourtant fort sérieux – n’évoque le fond de l’affaire, ni les détails de l’ouvrage. Ce sont des gentilles questions qui sont négligemment posées au candidat. Celui-ci semble sérieux, mais ce n’est pas la soutenance qui permet de le vérifier. Elle constitue à peine un rite, en rien un examen. Le jeune Docteur avait beaucoup travaillé, j’en suis témoin. Son Directeur de thèse (Doktorvater. Parle-t-on d’une Doktormutter ?) est sérieux et connu. J’ai pu consulter le résultat de ce processus aujourd’hui, avec un collègue allemand. La thèse est mauvaise. Certaines erreurs méthodologiques ne seraient pas admissibles d’étudiants de master. La thèse n’aurait pas dû être soutenue et n’est certainement pas publiable en l’état. Les membres du jury l’ont-il lue ? J’en doute. Ils n’en ont pas le temps et on a laissé un jeune doctorant plein de courage s’égarer. Avec la soutenance, on croyait qu’il était brillant. Je suis détrompé.
En Allemagne, il est donc courant que les Professeurs ne suivent pas leurs doctorants, ni ne lisent leurs thèses, qu’ils soient Directeur du travail en question ou simple membre du jury. On comprend donc que personne n’ait vu le plagiat du baron avant l’universitaire, qui, chargé d’en écrire un compte-rendu, fut le premier lecteur sérieux de l’ouvrage et s’étonna de son aspect disparate. Il se connecta sur Google et l’on connaît la suite.