samedi 27 novembre 2010

Un si joli village

A une quarantaine de kilomètres au nord de Munich se trouve une délicieuse bourgade. On s’y rend en vingt minutes par le S-Bahn, qui constitue une sorte de RER munichois – en plus fiable. Le vieux centre est situé sur une hauteur qui offre une vue très dégagée vers le sud, sur Munich, ses toits, des églises, les vertes campagnes qui l’entourent, et, dans le lointain, les Alpes bavaroises. Bien entretenues, son église, les façades colorées de ses maisons cossues charment l’œil et incitent à la flânerie. Cafés et brasseries offrent des cartes de produits bavarois de saison, à consommer en terrasse. Le service est souriant, attentionné, gentil.

Un petit château baroque (Schloß) occupe une part de la colline du bourg. Au soleil, sa façade blanche et jaune illumine le jardin qu’elle surplombe. On y respire la paix, au milieu des rosiers et des rectilignes chemins abrités par des tonnelles ou par des branchages qui leur forment un toit.

Le nom de ce havre est Dachau.

mercredi 24 novembre 2010

Le général hiver, saison 2 : (1) il se la coule douce



Voici les premiers flocons ! Un mois plus tard que l’an passé (ici ). L’automne est pourtant bien moins clément qu’en 2009. Sauf exceptions (ici ou ), il est froid et humide, mais jusqu’à cette nuit, sans neige sur la ville. Chaque semaine, on ajoute une pelure d’oignon pour sortir, mais on ne prend pas garde à mettre des chaussures tout terrain. Le froid est cependant descendu assez bas pour qu’il neige cette nuit et un petit peu encore aujourd’hui. Une fine couche recouvre les voitures.

Mais elle est bien mince et, à 8 heures, elle fondait déjà, ne laissant que de petits restes. Ils ont presque disparu. Voilà un bien timide général hiver ! Faut-il en conclure que l’hiver sera doux ?

Que nenni ! Je lis sur le blog d’une journaliste qui vit à Berlin (dont je reparlerai : ici) que les Russes prévoient que cet hiver sera le pire du siècle – passé bien sûr. (Évitez les sarcasmes sur le réchauffement de la planète : la moyenne des températures du globe a été, pour la période janvier-octobre 2010, la plus élevée du siècle.) Bild, le journal à sensation qui aime nous faire peur, le confirme (ici) et revient à la charge (). Mais comment donc le savent-ils ces Russes ? La vodka aurait-elle commencé à geler en Sibérie ? C’est peu probable, l’alcool ne gèle qu’à -114°.

Vous lirez sur Bild et ailleurs les explications scientifiques. Je me demande si ce n’est pas un mauvais coup des Tchouktches ou des Yakoutes (non, ils ne sont pas Bulgares). Ils tromperaient le Russe de la toundra (parce que le chaman) comme naguère l’Indien du grand nord canadien avait trompé le trappeur blanc. Ce dernier se préparait à l’hiver en coupant du bois. Mais il voulait ajuster la quantité de bois coupée à la rigueur éventuelle de l’hiver. Il alla interroger un indien voisin, confiant en sa sagesse ancestrale et en sa connaissance de la nature : « l’hiver sera-t-il rude ? ». « Oui », répondit le Huron. Le trappeur se remet alors à couper du bois avec entrain. Mais combien faudra-t-il en couper en plus ? « Rude », c’est bien vague. Il retourne interroger son Indien : « à quel point l’hiver sera-t-il froid » ? « Oh, très froid, je pense ». Et le trappeur de recouper, recouper. Et de se poser la même question : jusqu’à quand couper ? Interrogeons l’indien si savant. « Très, très froid, l’hiver sera » répondit Yoda. « Mince ! » s’exclama le trappeur qui repartit de plus belle abattre des arbres et les débiter en rondins, puis en bûches. Épuisé, il se demande s’il peut s’arrêter et interroge à nouveau l’Indien qui répond que l’hiver sera terrible. Le trappeur coupa à s’en faire éclater les paumes des mains et coupa tant de bûches que sa maison disparu derrière elles. À bout de forces, il rampa vers l’Indien, pour savoir si cela suffisait. Celui-ci lui répondit « Le plus froid du siècle, l’hiver sera ». Désespéré, le trappeur lui demanda comment il pouvait effectuer cette prévision. « Simple cela est. Quand visage pâle couper bois, froid hiver sera ».
Alors, les prévisions russes… Sur ce, je vais m’acheter des pulls. On ne sait jamais.

vendredi 19 novembre 2010

Les délices de la traduction automatique

Les hasards m’ont mis en contact avec trois effets amusants de la traduction faite à l’économie, notamment par la traduction automatique de M. Google.

Le moins drôle est sans doute ce texte destiné à présenter le cirque des puces de l’Oktoberfest. Pas trop de fautes, mais un étrange nom pour la ville qui l’accueille : Munique. Traduction phonétique.

Un peu plus amusant, cette page sur la cuisine bavaroise (ici). Admirez-en le style avec cet extrait :

« La cuisine de Bavière est l'ensemble d'assiettes et habitudes de la région de Bavière (l'Allemagne) et un des éléments plus identificadores de la cuisine allemande du sud. Il s'agit d'une il cuisine basique, fondée dans le goût des laboureurs qu'ils jadis soignaient les champs de Bavière. Les caractéristiques plus générales de cette cuisine bávara est l'abondante viande especiada, fréquemment servie rôtie, les assiettes de pâte et de farine.

À l'égard des influences de cette cuisine il se peut commenter que ses racines se partagent entre otars cuisines voisines à la région. De cette forme sepuede distinguer une cuisine de franconia, ainsi que la cuisine de suabia comme des éléments indispensables de la cuisine de Bavière. Une habitude bávara très fréquente est le dénommé Brotzeit, que se réalise dans bien des Imbiss, et est un 'arrêt' entre le petit déjeuner et le petit-déjeuner dans lequel se mange un apéritif. »

Dans la liste qui suit, j’ai aussi un faible pour « Entrantes », au lieu des « entrées ». Tout cela semble traduit d’une langue ibérique.

On dira que ce sont les lois du Net et l’on pourra en citer des centaines d’autres exemples. Voici donc pour finir mon préféré, photographié en septembre dernier à Athènes, sur le menu d’un restaurant à touristes situé devant l’ancienne agora.

La pauvre huile, qui n’était pucelle qu’elle était, tomba en consomption. Quelle salade !

samedi 13 novembre 2010

Ça sent le sapin


13 novembre.Le föhn souffle sur les Alpes et enveloppe la ville d’un manteau tiède. Le soleil illumine les bulbes, les toits et les flèches qui se détachent sur un ciel d’un bleu éclatant. Le Viktualienmarkt est plein à craquer, de gens affairés, de visages réjouis par le beau temps et surtout de buveurs attablés dans les Biergarten. qui écoutent les flonflons d’un orchestre bavarois. Revoilà enfin l’été indien.

Mais si l’on quitte le marché, on saute une saison plus loin. Voici la façade du grand magasin Kunstermann (siège d’une formidable café dont j’ai parlé ici), telle qu’elle se présente depuis la fin du mois d’octobre. Elle nous présente ses « Meilleurs vœux de Noël ». Les patrons sont-ils fous ? Pas le moindre du monde. On éprouve la même impression devant la vitrine du temple de la papeterie, dit « Kabuco », - avec une touche très bavaroise, le trophée de chasse -, ou à l’intérieur du même magasin, avec ses boules de Noël au plafond, et l’abondance des papiers d’emballage et des éléments de décoration – que l’on retrouve également chez Kunstermann et dans tant d’autres endroits.

L’alimentation n’est pas en reste : les étals croulent sous les « pains de fruits », les Lebkuchen (sortes de pains d’épices ronds recouverts d’un glaçage), les calendriers de l’Avent et surtout les énormes Christstollen (ou Marzipanstollen), les denses mais merveilleuses brioches de Noël. J’en raffole, mais deux mois à l’avance, à quoi cela rime-t-il ? Le soleil brille, nous sommes en bras de chemise et la ville est à l’heure de Noël. À peine les lumières de Noël seront-elles éteintes que l’on nous inondera du Carnaval, auquel succèdera sans une respiration aucune Pâques.

Laissez-nous tranquille quelques semaines ! Laissez-nous déguster le soleil ! Avec une bière, cela va de soi.

Zut, une rechute.

lundi 8 novembre 2010

Marcher dans la boue, sans gêne… (au Tegernsee)

L’automne est moins arrosé qu’il ne semblait devoir l’être. Le week-end en Chiemgau n’était pas le seul à être ensoleillé : le 30 octobre dernier, j’ai pu bénéficier avec une amie de quelques rayons pour découvrir un autre lac, le Tegernesee. On le rejoint par une heure de trajet d’un train très, très tranquille.

La bourgade qui porte le même nom rassemble, dans un entrelacs de ruelles paisibles, des maisons cossues, très soignées, souvent richement décorées. Tegernesse est un des endroits de Bavière où les fortunes vont prendre l’air et les eaux. On les comprend. Le soleil bas illumine les arbres dorés qui se mirent dans le lac. On y trouve naturellement un château, un ancien monastère sécularisé au début du XIXe siècle, pourvu, comme il se doit, d’une église baroque.

Nous n’étions pas là pour humer l’air frais et le parfum peu discret de la haute bourgeoisie, mais plutôt pour faire travailler les mollets sur les montagnes qui dominent le lac et lui constituent un écrin. Nous montons donc sur un des innombrables sentiers qui partent de la bourgade, en quittant peu à peu les villas prospères et les hôtels luxueux. Le sentier serpente dans un sous-bois où les feuilles ocre, brunes et rousses filtrent la lumière. Le soleil aide les troncs des bouleaux puis des sapins, vastes colonnes, à s’élancer vers le ciel. En approchant des mille mètres, nous rencontrons peu à peu des plaques de neige, là où le soleil a du mal à faire darder ses rayons. Les plaques se transforment en champs de neige, et le randonneur en gamin. Le sentier nous conduit vers un chalet de montagne qui fait office de restaurant d’altitude – on n’ose dire refuge, tant la nourriture est copieuse et l’affluence impressionnante. C’est une vraie brasserie, où l’on boit la Tegernsee, la bière locale, en admirant le reflet des sommets dans le lac.

L’on monte encore quelques mètres, pour admirer la vue, dans la neige. Le sommet du trajet est constitué par une butte exposée au nord, qui a donc gardé son manteau blanc. Nous y montons, avec peine, car le redoux la transforme en mélasse. Quand elle est fondue, elle fait apparaître des prés détrempés par l’humidité et par le piétinement des vaches. Ouh, la gadoue ! Les chaussures en sont pleines et finiront bien brunes de boue.

Comme toujours, l’effort est récompensé. Là haut, c’est un retable médiéval qui vous accueille, avec cet immense Christ sur fond de sommets et de nuages. Nous goûtons la vue.

Puis il faut poursuivre le chemin, floc !, ploutch ! C’est « matschig » comme on dit ici, et il faut à chaque pas lutter contre la chute. La descente en devient bien longue. Les heures passent. Nous admirons le soleil se coucher progressivement, découper des plans dans le lointain, caresser les nuages. Mais nous finirons, boueux, le chemin dans la nuit noire. Le chic ne passera pas par moi.

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Les jarrets d’aciers trouveront bien d’autres photos ici.

jeudi 4 novembre 2010

Du jarret dans le Chiemgau

Autant décevoir tout de suite les curieux mal orientés : il ne s’agira ni de recette de choucroute ni d’un épisode de San Antonio. Le Chiemgau est une région du sud-est de la Bavière, à environ une heure de Munich. Son fleuron est le Chiemsee, un des plus grands lacs de Bavière.

L’an passé, l’automne ne fut qu’un long été indien. Cette année, la pluie et le froid règnent. Profitant du seul week-end d’octobre où le soleil a brillé, je m’y suis laissé guider par des amis pour une petite randonnée dans cette région. Sur le lac, le vent froid qui soufflait faisait le bonheur des amateurs de voile.

Plus haut, il fallut attendre que la brume qui montait de ses eaux froides, léchées par le soleil, se fût dissipée. Couverts de pulls, nous montions dans les nuages. Lentement, ceux ci se transformèrent en écharpe, et, en se déchiquetant, nous révélaient les épaules montagneuses l’une après l’autre. Là-haut, c’est le paradis des bovins. Souvent des races locales, dont le lait est collecté par une laiterie bio. Nous sommes en fait passés en Autriche, presque sans nous en apercevoir. Paysages, architecture et dialectes sont à peu près identiques – avec un singulier raclement des « r » pour ce dernier, qui fait un peu penser au terrible schwyzerdeutsch. Les vaches ruminent de pareil ; il est impossible de distinguer un « meuh » bavarois d’un « meuh » tyrolien. Les fermes sont toutes abondamment décorées : des balcons en bois ouvragé dégoulinent des fleurs rouges et les peintures ornent presque toutes les façades.

Nous montons encore, pour atteindre un petit col à l’herbe grasse, labourée par les sabots des vaches. La vue porte loin, côté autrichien comme côté bavarois. Par-dessus les forêts, par dessus la nappe de nuages – qui n’ont pas fait travailler leurs mollets comme nous et paraissent dans la vallée. Quelques gentianes se sont trompées de saison, qui poussent en automne !

Nous marchons sur des larges sentiers ou sur des routes tranquilles, dans une montagne très apprivoisée. Peu de labours, beaucoup de prés, très verts – c’est très arrosé ici – et très soignés. On pourrait croire que les vaches sont dressées à brouter l’herbe avec régularité, à 5 centimètres du sol, tant la coupe en est régulière. L’explication réside ailleurs. Voyez cette ferme, dominée par une ronde et verte épaule. On faisant un zoom sur l’épaule, on aperçoit la fermière et son fils… en train de tondre le pré. Le secret des jolies montagnes de la Suisse, de la Bavière et de l’Autriche réside là : les paysans tondent les prés. La mode veut ici que l’on tonde bien d’autres choses que les prés, mais c’est une autre histoire.

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Les curieux trouveront d'autres photos ici.